25 janvier 2022
Critiques

Aline : Imitation Game

Par Guillaume Méral

 

Sur le papier, l’équation de Aline est imparable. L’une des actrices-réalisatrices les plus populaires des plateaux-repas du PAF X la chanteuse canadienne multi-platinée qui squatte les playlists de l’internationale francophone de 7 à 77 ans = pluie diluvienne de billets violets de part et d’autre de l’Atlantique. Simple, basique : Valérie Lemercier et Céline Dion n’est pas une addition, mais un coefficient multiplicateur à la croissance exponentielle. L’occasion de suivre sagement le programme du petit biopic illustré, ou peut-être d’enrayer une machine pourtant bien huilée en faisant n’importe quoi. Toutefois, entre deux maux, "Aline" ne choisit pas le moindre et cumule les deux à la fois. Et ce, avec l’accent québécois. 

C’est quelque chose qu’il faut mettre au crédit de Valérie Lemercier : "Aline" ne ressemble pas au cahier des charges dont il aurait suffi de cocher les cases pour satisfaire au tout-venant. Enfin si, mais pas tout à fait. 

D’un côté, rien ne distingue "Aline" du biopic musical contractuellement astreint de complaire à sa figure principale. Scènes de concerts calées toutes les 10 minutes pour relancer la vente des best-of à Noël, structure académique qui commence à « Parti de rien » pour se terminer à « More money more problems », fan service appuyé… Qu’on ne s’y trompe pas : Lemercier dit Aline Dieu pour ne pas dire Céline Dion, mais personne n’est dupe et surtout pas le spectateur.

La réalisatrice dresse la table pour servir exactement le plat attendu par ses convives, qui prolongeront la soirée chez eux en faisant du fact-checking avec leurs collections de Paris Match vintage spécial Céline et René. Et pourquoi pas, avec un petit air de My Heart Will go à la sono. C’est pas votre came ? On s’en fout, la majorité parle plus fort que vous. 

Mais il y a un deuxième film dans "Aline", qui fait régulièrement sauter le premier des rails sur lesquels il est confortablement installé. Dans celui-ci, Valérie Lemercier ne parle pas de Céline Dion, mais d’elle-même en train de prendre la place de Céline Dion dans le film qui lui est consacré. La dame Béatrice des "Visiteurs" ne devient pas celle qu’elle est censée interpréter, elle se déguise en celle qu’elle interprète : la nuance est de taille, et prend vite des proportions cosmiques à l’écran.

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Valérie Lemercier - Copyright RECTANGLE PRODUCTIONS/GAUMONT/TF1 FILMS PRODUCTION, DE L'HUILE/ PRODUCTIONS CARAMEL FILM INC./PCF ALINE LE FILM INC./BELGA PRODUCTIONS

Dans les 15 premières minutes, la petite Aline Dieu fait ses premiers pas sur scène mais fuit l’image, comme si elle était trop timide pour se montrer. Les soupçons sur n’ont pas le temps de se cristalliser sur sa silhouette bizarrement articulée que la gamine finit par montrer sa face : c’est celle de Lemercier. Ce n’est pas une hallucination, même pas un deep fake, mais un mensonge numérique en 24 images baveuses par secondes qui envoie direct le spectateur chez l’ophtalmo. A ce moment-là, on ne sait pas encore ce que la réalisatrice a pu voir dans Little Man pour décider de s’inspirer de la prestation de Marlon Wayans, mais en vérité il s’agit d’une note d’intention pour la suite. 

Car c’est exactement ce que fait Aline : Valérie Lemercier qui plaque son visage sur celui de Céline. Sans les expérimentations numériques du début, mais avec le zèle du stalker qui entre dans votre baraque, enfile votre garde-robe et découpe toutes les photos de famille pour remplacer votre tête par la sienne. Un épisode de "Vis ma vie" façon "50 minutes inside", le fantasme en taille réelle d’une star qui remplace la diva dont elle rejoue le destin et les chansons en playbacks. A cet égard, les scènes de concerts se révèlent particulièrement éloquentes. On se gardera évidemment bien de reprocher à la réalisatrice de "Palais Royal" de ne pas avoir réussi à imiter le filet de voix de la célèbre cantatrice.

Mais force est de constater que Lemercier ne passera jamais le premier tour d’un Lip Sync battle, réduisant ainsi à néant l’interaction des chansons avec le public. Même un ratage comme "Bohemian Rhapsody" avait au moins conscience du rapport profond que le catalogue repris à l’écran entretenait avec l’inconscient collectif. Cependant, "Aline" ne traite jamais du lien que Céline Dion pouvait avoir avec le public, sinon pour donner du grain à moudre à l’hagiographie par procuration de la cinéaste. Ici, c’est Lemercier qui parle à Lemercier : pour le reste vous pouvez éteindre les lumières.

Une scène pourrait résumer, à elle seule, l’entreprise. Aline erre dans les rues de Las Vegas, où un contrat en or massif l’oblige à se produire chaque soir dans un gros casino local. Perdue, comme un fantôme d’elle-même dans Sin City. Elle croise deux sosies d’Elvis qui ne la prennent pour une imitatrice, et lui donne des conseils pour améliorer son look. Le lapsus est tellement évident qu’on s’en veut presque de le relever. Pourtant, c’est exactement ce à quoi ressemble "Aline" : au film d’une fan névrosée qui aurait ligoté et bâillonné son idole pour prendre sa place sur scène. Comme si Stan avait viré Eminem et mis son nom sur le sien. 

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