18 octobre 2019
Critiques

All is lost : Critique n° 2

Tout est perdu, dit le titre. Tout oui, sauf le cinéma américain vu par JC Chandor, cet ancien publicitaire fils de banquier  à qui l'on doit l'un des plus brillants longs métrages de la fin 2011, "Margin Call". Troquant une banque prête à s'affaisser sous le poids d'une crise qu'elle ne contrôle malgré ses différentes têtes pensantes, Chandor plonge en pleine mer, la banque est devenue voilier, les devient le, à savoir un seul protagoniste (Robert Redford) dont le nombre de mots lâchés – exceptant l'introduction qui est la lecture d'une lettre – se compte sur les doigts de la main. Le brio de JC Chandor sera de faire de ce huis clos en mer, un petit bijou de cinéma.

Une fois hors de la salle obscure, passée une heure et demie éprouvante, on peut s'étonner à oser la comparaison avec un autre ovni de 2013, "Gravity". Oui, "All Is Lost" est à la mer ce que Gravity est à l'espace. Un terrible huis clos immersif et haletant, ode au courage et métaphore de la renaissance, le tout doublé d'une performance d'acteur et d'une mise en scène incroyable. En optant pour ce qui semblait être une antithèse de son premier long, JC Chandor construit son film autour d'un même arc narratif, à savoir le premier choc, rapide, sans équivoque, la tentative vaine de recoller les morceaux, puis se diriger à l'aveugle, mais l'inexorable finalité.

Questionnement sur la condition humaine, au travers d'un septuagénaire perdu au cœur d'une immensité que personne ne maîtrise, "All Is Lost" repose sur un scénario malin, où sans dialogue (ce qui est tout le contraire de "Margin Call", où le discours est roi), le réalisateur réussit tout de même à livrer une parabole très réaliste de ce qu'un homme pourrait vivre sur la terre ferme, quand une vie est bousculée, et qu'au bout du gouffre, avec force, tranquillité et intelligence, on tente de se sortir d'une situation à priori sans issue.

On voit même poindre à l'horizon un discours engagé, où quand dans "Margin Call" le banquier surpuissant narguait la planète sans qu'elle ne le sache, l'Américain un poil démocrate se retrouve seul, vaincu par ce conteneur chinois perdu au milieu de nul part qui a éperonné son beau voilier, puis impuissant lorsqu'un autre porte-conteneur, symbole d'une société de consommation de masse aveugle, lui passe sous le nez sans bouger un bout de son imposante carlingue. Du reste, on ne saura rien d'autre de ce personnage incarné un Robert Redford sublime en plein défi physique, charismatique et bouleversant.Auteur :Christopher Ramoné
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