Critiques

American Bluff : Une leçon de vie

Par Sophie Banton


« Une partie de ceci est vraiment arrivé ». C'est ainsi que commence inhabituellement "American Bluff", se référant à l'affaire Abscam, qui pose le contexte général de l'histoire. Une ambiance rock-jazz, centrée sur Duke Ellington en passant par les Beatles, une histoire décadente rythmée par les ébats d'un triangle amoureux et  une arnaque, quoi de mieux pour retrouver David O'Russell, qui nous avait tant fait rêver avec "Happiness Therapy".

L'enjeu était de taille pour ce "American Bluff" très attendu, qui, dès la première scène, nous offre Christian Bale métamorphosé, passant de Batman à un escroc bedonnant en pleine crise de la quarantaine, complexé par sa calvitie. On est emporté dans cette histoire déjantée comme dans un tourbillon, tantôt désorienté, tantôt pris d'une folie qui semble toucher la plupart des personnages, à laquelle vont se mêler des histoires d'amour, de couples, de tromperies. Tous les personnages se croisent et se recroisent en une mascarade époustouflante. Car une chose est sûre : dans les films de David O. Russell, personne n'est jamais sain d'esprit. Comme dans "Happiness Therapy", il arrive à faire jaillir la névrose de chacun des personnages, donnant l'impression que tous ceux qui nous entourent sont fous mais paradoxalement très humain.

Finie la princesse de Disney, Amy Adams a maintenant l'occasion de prendre un nouveau départ. Voluptueuse, constamment affublée de décolletés plongeants, son incarnation d'une amante-ex-strip-teaseuse mais néanmoins brillante associée est au cœur de l'histoire. Bradley Cooper, ex- bipolaire désorienté, incarne désormais un policier arrogant, cupide, impatient à l'idée de prouver à ses collègues et au reste du monde qu'il est capable de réaliser le coup du siècle. Jennifer Lawrence de son côté nous bluffe en mère alcoolique, sensuelle et irresponsable, chantant  « leave or let die » en faisant le ménage.

« Les gens sont ce qu'ils croient et ce qu'ils veulent croire ». Cette phrase prête à réflexion par sa profondeur. Pourtant, ce qui ressort de "American Bluff" prouve le contraire. L'escroc, censé être immoral, arnaqueur sans vergogne, se retrouve être le plus humain, s'occupant d'un fils qui n'est pas le sien, y tenant presque plus qu'à sa propre vie. Alors que l'on découvre en contrepartie des agents gouvernementaux décadents plus attachés à leur réputation et leur soif de succès qu'à la justice.

En réalité, "American Bluff" nous transmet, enfouis sous un humour loufoque et des histoire torrides, une leçon de vie. Il insiste sur l'ambigüité des choses et le fait que, comme le dit Christian Bale, le monde est « extrêmement gris ». Il offre une réflexion sur le bien et le mal et le fait que du bien puisse exister au sein même de ce qui semble être mauvais. Derrière cette image d'une Amérique sensuelle, clinquante, à la limite de la vulgarité, "American Bluff" nous offre une vraie réflexion sur l'apparence et la réalité des hommes et quelques petites phrases telles que : « la nécessité est mère de l'invention »; «  les gens croient ce qu'ils veulent croire », qui, mêlées à de l'humour, font mouche !

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