13 novembre 2019
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American Gangster : Un grand film !

COUP DE COEUR !

 Certains d'entre vous se souviennent peut être de la carte de vœux nigaude que nous livrait Ridley Scott en janvier 2007. Le film s'intitulait "Une Grande Année" mais ne présageait en rien la promesse du titre. En effet, difficile de reconnaître le réalisateur de "Blade Runner" derrière ce métrage carte postale (à défaut d'être une carte de visite !).

Pourtant, Monsieur Scott semble se rattraper en cette fin d'année. En octobre, il apparaissait au générique de "L'Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford" en tant que producteur. Et voici qu'en novembre sort sur nos écrans sa dernière réalisation "American Gangster" : un pur polar hollywoodien interprété par des acteurs habités et imposants ! L'action se déroule à Harlem, les héros ne sont pas siciliens, et pourtant elle retrace le parcours de l'un des plus grand mafieux qui ait existé. C'est l'histoire d'"American Gangster".

Inspiré d'une histoire vraie, "American Gangster" raconte le parcours fascinant de Franck Lucas, et la manière dont il a assuré discrètement la relève de Bumpy Johnson, parrain noir de la mafia à Harlem. D'abord dans l'ombre de son mentor, il assure sa protection et joue les chauffeurs. Mais à la mort de Bumpy, Franck Lucas reprend les rennes, s'assurant rapidement la plus belle part du marché de la drogue en reprenant les codes et la composante familiale de la mafia italienne. Tout ça, sans quitter son statut d'ombre…

Au même moment, l'inspecteur Richie Roberts lutte contre la drogue sans obtenir le moindre soutien de ses collègues, pourris et corrompus. Pendant que le président Nixon a les yeux sur le Vietnam, personne ne se rend compte que le pouvoir est entre les mains des gangsters et autres familles mafieuses. Parfaitement intégrés, certains d'entre eux vont jusqu'à distribuer les traditionnelles dindes de Thanksgiving dans les quartiers.

Ridley Scott, qui connaissait bien les quartiers populaires de New-York pour avoir passé de longs mois dans le Bowery au début des années 60, recrée en plans larges et dans toute sa dimension le Harlem de l'époque. Il dresse avec sobriété et intelligence les portraits de deux hommes dont les parcours vont peu à peu s'entrelacer. Comme une partie de cache-cache démesurée.

Malgré la complexité de l'histoire, Steven Zaillian, scénariste de "La Liste de Schindler" et de "Gangs of New York" signe un scénario habile et énergique, qui reste prenant et captivant durant les 2h37 du métrage. Richie Roberts, homme pétri de contradictions, apparaît sous les traits de Russell Crowe. L'occasion pour lui de marquer sa troisième collaboration avec Ridley Scott après "Gladiator" et "Une Grande Année" mais surtout de se montrer sous son meilleur jour.

Le rôle de Franck Lucas revient à Denzel Washington. Que dire de plus ? Sous son masque pétrifié de rigueur, il laisse passer une puissance et une détermination sans faille, en sachant rester attachant ! D'une scène à l'autre, il fait sourire, émeut, ou glace le sang ; soutenu par une pléiade de seconds couteaux qui, comme pris dans la vague, participent pleinement aux différents niveaux de lecture du film. De Cuba Gooding Junior aux acteurs rappeurs Common et RZA, tous se fondent dans le décor.

Quant à Josh Brolin, il incarne pour la troisième fois consécutive, après "Planète Terreur" et" Dans la Vallée d'Elah", un ignoble salopard comme on les aime ! (C'est peut être pour lui cette fameuse « grande année » ?).

Certains comparent le dernier Ridley Scott à "Scarface" ou aux "Affranchis", et ils n'ont pas totalement tort, dans le sens où "American Gangster" raconte l'histoire de pourritures auxquels on aimerait parfois ressembler. Une illustration de l'avidité du capitalisme "en col blanc", où les valeurs du big business sont simplement reprises au compte de la mafia.

Auteur :Davy Girard
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