Critiques

American Nightmare 2 : La critique

Dans la série des suites, on retrouve dans "American Nightmare 2" (distribué par Universal Pictures) une évolution classique. Après un premier opus basé sur un quasi huis-clos et l'histoire d'une famille seule au cours d'un événement, le deuxième film de la (future à n'en point douter) série élargit son décor ainsi que le nombre de ses protagonistes (voir la transition entre "Saw" et "Saw 2"). Ce qui est sûr c'est qu'on ne navigue pas dans le domaine de l'horreur, quelques jumpscares poussifs n'étant pas assez pour le classer dans ce genre. Le film prend en effet, à l'instar de son prédécesseur, une apparence de critique sociale et sociétale, pleinement assumée dans cet opus. Ce qu'on nous montre ici, c'est la folie américaine pour les armes et la violence poussée à son paroxysme puisque libérée et légalisée (un jour par an heureusement).

Pour ce qui est du récit on retrouve un modèle classique où des personnages épars se rejoignent accidentellement et tentent de survivre au danger ensemble.  L'intrigue prend donc une tournure de type survival à l'échelle d'une ville entière possédée d'un esprit vengeur et d'une soif de sang inextinguible.  Une des forces majeures de cette suite est de proposer un héros largement plus charismatique en la personne de Frank Grillo (qu'on voit avec plaisir de plus en plus souvent au grand écran) qui incarne Leo, un flic détruit par la mort de son fils et qui sortant "purger" l'homme qui lui a volé son garçon va sauver Eva et sa fille Cali d'une rafle. Pris en pitié il accepte de les conduire elles ainsi qu'un jeune couple en lieu sûr à condition qu'on lui donne une voiture pour arriver chez sa future victime avant la fin de la nuit.

De là s'en suivent des péripéties et des combats, alors que machinations politiques commencent à émerger. Il semblerait que des rafles gouvernementales soient organisées dans les quartiers pauvres, forme sévère d'épuration sociale. Nos personnages devront également échapper à des gangs qui kidnappent les malheureux sans refuge, devenus des proies pour les livrer argent comptant à des bourgeois organisant des chasses à l'homme de luxe. Nous voilà à l'épicentre de l'intérêt pour ces films : une idée scénaristique novatrice et moralement intéressante.

Cependant, comme son premier volet, "American Nightmare 2" n'atteint pas son potentiel maximum, en ne poussant pas son propos jusqu'à la dénonciation concrète et véritable (le lien avec la société actuelle et les causes de son origine). On reste en surface, brossant des questions profondes de très loin, de façon presque creuse et en rien subversive. Pour la majeure partie, on peut résumer l'embryon d'accusation au centre de l'intrigue à  :"Le gouvernement ne veut pas des pauvres. Il fait tout pour les pousser à l'exclusion, et instrumentalise le pays pour les éliminer. Les pauvres avides de justice par la revanche attaquent les riches, et les riches se servent de leur argent pour acheter et exploiter les pauvres afin d'assouvir leur pulsions malsaines."

En somme rien de nouveau. On est tentés de déceler une condamnation de la marchandisation du corps propre à nos sociétés ultralibérales dans l'action sacrificielle du père d'Eva, mais en voulant tout dénoncer, tout ce mélange, et plutôt que de se focaliser sur un aspect particulier, le propos se diffuse dans un sombre portrait globalisant. On peut espérer qu'une éventuelle suite achèvera le message à peine dégagé des deux premiers volets.

On peut néanmoins porter au crédit du film d'être plus complet que son prédécesseur, plus réfléchi, plus mûr. Là où l'intrigue entière d'"American Nightmare" ne tenait qu'a la stupidité des personnages (notamment du fils), "American Nightmare 2" place les personnages en position de victimes d'intérêts qui leur sont étrangers. Après les riches se faisant agresser par des riches pour avoir protégé un pauvre, on assiste à une histoire plus universelle avec des pauvres chassés par et pour les riches.

Le divertissement est au rendez-vous malgré une sensation de déjà-vu symptomatique du cinéma de cette dernière décennie. L'intérêt principal de ce long-métrage étant de se questionner sur les volontés réelles du réalisateur, des volontés des studios l'ayant produit, et de se demander jusqu'où Hollywood est prêt à pousser la critique d'un système de richesse dont il fait partie. Enfin, tout ce qu'on souhaite à cette saga, c'est d'éviter les nombreux faux pas liés au succès d'une idée nouvelle parmi lesquels la redite, s'auto-parodiant à foison, et l'usure d'un filon sans jamais se réinventer (les sagas "Saw" et "Paranormal Activity" faisant figure de parfait exemple en la matière).

Auteur :Chris Carlin
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