11 décembre 2019
Critiques

American Sniper : Un peu trop patriotique

"American Sniper", c'est l'histoire du meilleur tireur d'élite de la navy SEAL (interprété par Bradley Cooper), un film sur la guerre en Irak réalisé par Clint Eastwood ; l'histoire est inspirée du livre de Chris Kyle. De cette guerre, on ne questionne pas ici la légitimité ; Chris Kyle sent qu'il doit protéger ses frères d'armes, étant le « chien de berger » de la métaphore utilisée des années plus tôt par son père, et donc celui qui protègera les siens.

Ainsi, comme le titre ou l'affiche le suggéraient, et même si le thème s'y prête forcément, on retrouve dans "American Sniper" un patriotisme peut-être trop exacerbé, je pense notamment à l'image facile de l'attentat du 11 septembre : le héros, en voyant s'effondrer les deux tours, trouve là l'élément qui déclenche son départ pour l'Irak. Chris Kyle découvre ce qu'il s'y passe et sent le besoin de défendre son pays qu'il aime tant ; bref, on a ici le schéma typique patriotique, qui en deviendrait presque agaçant, là où on aurait pu s'attendre à un questionnement, à une potentielle remise en cause.

« The Legend », tel qu'il est surnommé, a tué plus de 160 personnes durant cette guerre : on ne tombe pas pour autant dans la facilité d'en faire un pur héros uniquement admiré et fier, bien souvent des situations moralement difficiles sont peintes, et l'on peut voir en outre une descente progressive du personnage. Le sujet du film reste effectivement plus l'effet que la guerre a sur l'homme que la guerre elle-même : Chris Kyle est montré ici comme celui qui œuvre pour ce qu'il juge bon mais qui se détruit tout en faisant du mal à son entourage. C'est plus du point de vue de l'individu que d'un point de vue général qu'une réflexion sur la guerre s'amorce.

L'enchainement des scènes entre l'Irak et les Etats-Unis construit le personnage, montre l'envers du décor, le traumatisme et la peur : c'est sûrement là le point le plus intéressant et on peut regretter qu'il ne soit pas plus développé. Le couple Sienna Miller-Bradley Cooper est convaincant, leurs bouleversements et leur incommunicabilité le sont tout autant, et l'interprète de Christ Kyle réussit réellement à montrer ces deux facettes qui se superposent, le héros et l'homme meurtri.

La fin du film m'a déçue : une part plus grande faite à la reconstruction du soldat aurait eu plus d'intérêt à mes yeux. De plus, il semble y avoir une sorte de boucle : certes la guerre a partiellement détruit le sniper, toutefois il semble répéter le même schéma avec son fils, comme le montre la scène de chasse finale, presque identique à celle de son enfance. Si les effets de la guerre sur ceux qui y participent sont présentés, ils auraient gagné à être plus approfondis, et des scènes de combat auraient pu laisser la place à un meilleur traitement de la difficulté à se détacher de la guerre.

En conclusion, on peut donc regretter l'exacerbation outrancière d'un patriotisme qui empêche de se concentrer totalement sur l'horreur vécue par le sniper et sur la difficulté de la reconstruction d'un homme que la guerre détruit. Néanmoins, l'immersion timide dans la vie et la douleur du soldat existe ici, et puisque la réalisation est réussie, pourquoi pas ?
Auteure :Carine Eklinger
Tous nos contenus sur "American Sniper" Toutes les critiques de "Carine Eklinger"

ça peut vous interesser

Doctor Sleep : Mike Flanagan a osé

Rédaction

Joker : Plaisanterie de courte durée

Rédaction

Joker : Ceci n’est pas un film de super-héros

Rédaction