18 novembre 2019
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Amitiés Sincères avec Gérard Lanvin : La critique

Les histoires d'amitiés dans le cinéma français ont bien souvent données naissance à, sinon de grands films, à tout le moins des films attachants qui prenaient à la fois le pouls de la société et d'une certaine manière radiographiaient certaines catégories socio-culturelles, et le plus souvent la petite bourgeoisie.

Claude Sautet ou Yves Robert, les plus beaux représentants de ce cinéma de l'intime en France firent les beaux jours de la France Pompidoulienne et Giscardienne et ont réussi leurs chefs-d'œuvre en traitant de ces sujets qui alternent à merveille le rire et les larmes, avant que des réalisateurs comme Marc Esposito ou Guillaume Canet plus récemment ne viennent apporter leur pierre à l'édifice.

Car les films de potes, à l'image de celui-ci, "Amitiés Sincères", voilà l'un des sujets qui agit comme une caisse de résonance auprès du public et qui souvent remporte de larges suffrages.

En 2005, Stephan Archinard et François Prévôt-Leygonie avaient proposé une pièce de théâtre à succès où Michel Leeb et Bernard Murat se partageaient l'affiche et ils l'adaptent aujourd'hui pour leur débuts de réalisateurs.

Proposant une peinture relativement réaliste des rapports humains, le film a pour lui d'être très chaleureux et d'alterner sourires et émotions avec réussite et sans tomber dans un pathos pourtant souvent à portée.

Si la réalisation est élégante et classique, elle manque clairement de personnalité pour que les auteurs proposent autre chose qu'un travail bien fait, mais déjà vu et revu maintes fois. Ils ne s'affranchissent jamais vraiment de leurs influences ("Un moment d'égarement" de Claude Berri, "Vincent, François, Paul et les autres" de Claude Sautet) et si on passe un moment très agréable, ce n'est clairement pas l'originalité qui prédomine dans "Amitiés Sincères".

Malgré tout, le charme opère: Les dialogues sont savoureux et bien que le milieu petit bourgeois soit montré dans tout son apparat, on se prend d'empathie pour les personnages plutôt bien écrits. Abordant des sujets comme le mensonge, les apparences, les mesquineries, les auteurs remplissent leur cahier des charges.

"Amitiés Sincères" est un film dont on se demande s'il est en prise directe avec notre époque, mais qui reste toujours d'une sincérité à toute épreuve, tant dans son traitement que dans son discours et qui s'avère touchant quand il le faut, évitant de tomber dans des écueils comme la vulgarité. Encore une fois il est dommage d'avoir le sentiment d'avoir déjà vu ça quelque part.

Mais au delà de toutes considérations, c'est bien de son casting que le film tire sa force. En choisissant un brelan d'as pour interpréter les trois copains, les metteurs en scène ont décroché le jackpot.

Plus le temps passe, plus Gérard Lanvin prend de l'épaisseur, et il se glisse à merveille dans la peau de ce bonhomme grincheux et bougon pour qui la vérité est un passage obligé, la condition sine qua non à toute relation amicale ou amoureuse. Il faut le voir au milieu de ses certitudes déçues, faire face, dévasté par l'ampleur de la trahison. Il est d'une humanité rare.

Face à lui, Jean-Hugues Anglade dont on n'a de cesse de redécouvrir à quel point il est acteur magnifique. En amoureux dépassé par ses sentiments et retrouvant goût à l'écriture, il est bouleversant. Pour compléter ce trio, Wladimir Yordannof, dans un joli rôle confirme sa propension à bien choisir ses rôles et à bien les défendre.

Autour d'eux, les solaires Ana Girardot et Zabou Breitmann achèvent de donner à "Amitiés Sincères" l'atout charme indispensable de cette comédie douce amère qui réchauffe les coeurs.

Auteur :Fred Teper

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