22 septembre 2019
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Angel-A : Du plomb dans l’aile

Que c'est beau Paris ! Ses bateaux-mouches, son Sacré-Cœur … et sa Tour Eiffel. 90 minutes de ballade dans un Paris en noir et blanc. Cela ne vous rappelle rien ? Non ? C'est que vous ne faisiez pas partie du jury qui, en juillet dernier, à Singapour, a décidé que 2012 serait une année olympique pour Londres et non pour Paris.

Du dossier français ne restent que les larmes et la rancœur … et quelques chutes du film publicitaire de Luc Besson. Une fois Belmondo évincé, remplacé par Jamel Debbouze (d'accord ce n'est pas la même carrure), ces rushs ont vraisemblablement servi à bâtir un long-métrage baptisé "Angel-A".

Un long en forme de visite guidée de la capitale. Lorgnant maladroitement du côté de Jeunet et de sa pouliche Amélie, Luc Besson propulse dans les airs sa caméra et donne à voir une ville charmante quoi que pittoresque.

Avec une campagne de promotion rondement menée (« je ne parle pas de mon film avant qu'il ne sorte pour laisser aux spectateurs le soin de le découvrir … mais d'un autre côté, je laisse le magazine Première balancer des « exclus » tous les mois), Besson espérait sans doute créer l'événement. Peine perdue. "Angel-A" mérite au mieux l'indifférence.

Après les décevantes superproductions qu'étaient "Jeanne d'Arc" et "Le Cinquième élément", Luc Besson souhaitait revenir vers des projets plus intimistes. Louable intention. Mais, pour construire essentiellement un film sur des dialogues, il faut que les acteurs soient irréprochables et les textes pertinents. Ce n'est pas le cas. C'est rageant.

Oui, c'est rageant. Car on aimerait défendre "Angel-A". Parce que Besson a trop souvent été détruit par la critique. Parce que figurent au générique un Jamel convaincant et un (toujours) épatant Gilbert Melki. Parce que l'idée de faire un film sur un scénario aussi mince est un pari intéressant.

Le scénario, justement, tient en une ligne : André, petite main du crime, croule sous les dettes et survit dans un Paris contrôlé par des mafias. Il rencontre un jour la belle Angel-A.

Que ce soient l'atmosphère noire dans laquelle baigne la ville ou les délicats panoramiques sur Paris, les rares moments de lyrisme et d'enchantement d'"Angel-A" sont rapidement ensevelis sous une avalanche d'accrocs et de ratés :
- Une actrice, Rie Rasmussen (dont le seul talent avait été de galocher Rebecca Romijin dans "Femme Fatale" de Brian de Palma) hystérique à souhait et incapable de se débarrasser d'un accent anglais à rendre jalouse Jane Birkin.
– Finalement la véritable actrice, c'est encore la Tour Eiffel, présente dans une dizaine de séquences et nettement plus charismatique.
- Une incohérence totale dans les filtres de couleurs utilisés : le noir et blanc devient tantôt verdâtre, tantôt brun.
- Une bande-son omniprésente à tel point que les silences se dénombrent en secondes.
- Des dialogues d'une banalité affligeante. Florilège : « La misère est partout », « l'important, dans la beauté, c'est l'intérieur, pas l'extérieur » ou encore « tu m'as appris l'essentiel : ne pas mentir. »

Les ailes plombées de cet "Angel-A" ne porteront jamais le film jusqu'aux Cieux du 7ème art. Et le film n'égalera jamais son modèle, largement pompé par Besson : "Les Ailes du désir" de Wim Wenders.

Le jury de Singapour avait, dit-on, versé une larme après la projection du film publicitaire de Besson. Après "Angel-A", on verse également une larme. A la mémoire d'un réalisateur disparu. A la mémoire du père du "Grand bleu", de "Nikita", du "Dernier combat".

Auteur :Matthieu Deprieck

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