21 janvier 2022
Critiques

Animal : Mettre fin à la politique de l’autruche

Par Clara Lainé


Après "Demain", co-réalisé avec Mélanie Laurent, Cyril Dion revient avec un long-métrage réussi. Aborder dans "Animal" la sixième extinction de masse des espèces sans tomber dans une forme de résignation relevait d’un pari ambitieux. Force est de constater que le réalisateur est pourtant parvenu à ses fins. On ressort du cinéma avec une piqûre de rappel qui ne fait jamais de mal, Mais aussi, fait plus rare dans ce genre de documentaire, avec une bonne dose d’espoir en prime !

La force du film réside sans conteste dans ses deux protagonistes qui nous font voir le monde à travers leurs yeux. Bella et Vipulan sont tous deux des militants âgées de seize ans. L’un français. L’autre anglaise. Chacun a profondément conscient des enjeux actuels. Pour autant, pas de moralisme ou alors, moins que d’habitude. On sort enfin du schéma peu productif. Celui des « gentilles personnes qui trient leurs déchets » contre « les méchants Occidentaux qui achètent deux pots de Nutella par semaine ». La réalité est mille fois plus complexe. Cyril Dion la met brillamment en lumière avec la séquence des deux jeunes qui culpabilisent de prendre l’avion ou encore avec l’évolution de Bella qui s’extrait peu à peu d’une forme de misanthropie.

Les intervenants sont pluriels et leurs interventions se complètent parfaitement. De l’éloquent philosophe Baptiste Morizo, en passant par le très concret Afroz Shah ou la célèbre anthropologue anglaise, Jane Goodall. Tous ces regards qui se posent sur notre monde vivant s’entremêlent pour nous offrir une matière à réfléchir extrêmement riche.

L’histoire est découpée en deux parties. D’une part, les solutions. D'autre part, on remonte à la source du problème, à ces fameuses questions existentielles : quelle est la place de l’être humain sur la planète ? Pourquoi avoir construit une hiérarchie entre lui et les animaux ? Quel rapport cela a-t-il engendré entre le monde vivant et la société du XXIème siècle ?

Au fil des images, on comprend bien que ces questions ne sont pas seulement d’ordre philosophique et qu’elles vont bien au-delà de sujets de dissertation. Le grand écran nous offre une approche tangible de la problématique. Ce qu’il faut, c’est reconstruire nos systèmes (qu’il soit d’ordre social, politique et/ou économique). Cette reconstruction doit reposer sur de nouvelles relations avec le monde vivant pour enrayer le constat déplorable des spécialistes actuels en matière écologique.

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"Animal" est un film qui se prête merveilleusement à un public familial (prendre garde, cependant, à ne pas y emmener d’enfants trop jeunes au vu de la densité des sous-titres à lire). il est très pédagogique. Le fait qu’il repose entièrement sur deux adolescents permet de s’identifier facilement aux émotions et aux difficultés auxquelles Bella et Vipulan se heurtent. De plus, les concepts-clés se comprennent aisément (la décroissance, l’ensauvagement, le productivisme) sans que Cyril Dion adopte un ton condescendant ou pompeux. On est donc bien davantage dans le démonstratif que l’explicatif. Cela montre à quel point le réalisateur excelle dans l’art du grand écran. Un exemple ? Il n’y a qu’à voir la scène de ce politique qui refuse d’adresser la parole aux jeunes avec un mépris sans nom. Pas besoin de sous-titre ou de voix off. Ici, tout est dit…

Une petite nuance à cette pluie d’éloges cependant : le rythme pêche à certains moments. Certes, les paysages sont sublimes. Toutefois, on finit par se lasser au point de ne plus apprécier à leur juste valeur ces images. De même pour le choix de la voix off. Si, dans la première partie du film, le mécanisme fonctionne plutôt bien, on le trouve vite redondant. Je ne résiste pas à lui faire le procès d’une certaine facilité. La narration aurait pu être aussi présente (si ce n’est plus) avec un procédé moins évident.

Pour finir (et même si ça vous semble peut-être couler de source au vu du sujet), prenez garde à la violence de certaines images ! Le but n’est pas d’avoir la nausée pendant une heure quarante-cinq. Cependant, en dépit de ces quelques bémols, "Animal" reste un très beau documentaire d’utilité publique. Chers professeurs, n’hésitez pas à le diffuser à vos élèves ! Notre monde a bien besoin d’autres Bella et Vipulan…

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