21 juillet 2019
Critiques En Une

Anna de Luc Besson : avis de décès ?

Critique du film Anna

par Christophe Dordain


Luc Besson est donc de retour avec "Anna" !


La bande-annonce avait laissé ses zélateurs parmi les plus fidèles dans un état perplexe plus ou moins avancé. Le cinéaste allait-il enfin parvenir à renouer avec ses œuvres majeures d’antan telles "Nikita" et "Léon" ?

Tiens de "Nikita", parlons-en avant d’aborder "Anna". Pour l’auteur de ces quelques modestes lignes, qui aura eu le privilège de rencontrer Luc Besson à l’époque de "Nikita" pour une discussion à bâtons rompus (tant "Nikita" avait convaincu par sa démarche au moment de sa sortie), la relation entretenue par la suite avec Besson aura été plus que conflictuelle. Pourquoi ? Le syndrome de l’espoir déçu tout simplement

Je m’explique : pour ma génération, Luc Besson représentait le dernier espoir d’un cinéma français enfin revitalisé et à même de rivaliser avec les productions venues d’outre-Atlantique.

Soyons plus précis : l’amateur éclairé de scènes d’action (ce que je suis toujours) prenait une gigantesque claque avec "Nikita" et ce dès la séquence se déroulant dans la pharmacie. Enfin, de la belle mise en image d’une fusillade ! Enfin voir sur le grand écran de la salle numéro 2 du défunt cinéma Gaumont à Lille (vous voyez le niveau de précision…), un film français pouvant se targuer d’être aussi fort que les ricains ! Joie immense !

Malheureusement, la suite de la carrière de Besson aura relevé de la chute modèle Charybde en Scylla, du grenier à la cave si vous préférez.

Pour un "Léon" hautement réjouissant et un "Jeanne d'Arc" splendide, il aura fallu se coltiner ensuite, et en vrac, "Le 5ème élément" (terreur absolue !), "Malativa", "The Lady", "Lucy", "Valérian", etc. Misère ! Sans parler de son activité en tant que producteur : "Taxi", "Le Transporteur", "Taken", etc. Misère acte 2 !

Lui qui avait réussi à s’affranchir des canons, pardon des carcans, habituels du film de divertissement français classique, avec un style efficace, embrasait les passions chez les cinéphiles à chaque nouveau film. Seulement avec "Anna", et on y arrive, un constat s’impose : celui de la régression !

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Anne Parillaud a bien changé...

"Anna", Besson aurait déjà pu le réaliser à l’aube des années 90 et c’est cela qui est le plus dramatique n’en déplaise aux plus ardents de ses défenseurs (qui devraient par ailleurs de poser la question de l'embargo autour du film pour la presse en France depuis le dernier Festival de Cannes...).

"Anna" avait pour but de réitérer, au moins en partie, le succès mondial du long-métrage “Lucy”. Surtout que le sieur Besson est confronté à de lourdes difficultés financières mais cela est une autre histoire...

Toutefois, comment y parvenir un scénario d’une telle platitude : encore une belle et jolie jeune fille qui se mue en super-agent, ou quelque chose qui y ressemble, fracassant tout sur son passage ; encore une accumulation de scènes d’action qui, et c’est inacceptable dans le cas présent, manquent de la plus élémentaire des lisibilités ; encore une partition musicale composée par Eric Serra (le seul compositeur sur Terre qui est parvenu à anéantir musicalement un James Bond), etc.

Bref, Besson se contente de réutiliser le concept de Nikita pour la nouvelle génération en espérant vraisemblablement que les spectateurs des années 90 soient tous morts ou bien victimes de terribles trous de mémoire ! Que pouvait-donc finalement espérer Luc Besson avec "Anna" ? Un possible retour en grâce ? C’est malheureusement raté ! Et de revenir en 1990, au cinéma Gaumont à Lille, à une époque où on pouvait encore croire en un jeune cinéaste disparu depuis…

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