18 juillet 2019
Critiques

Annabelle : Beauté maléfique

En 2013, la peur envahissait les écrans : James Wan réalisait avec "The Conjuring : Les Dossiers Warren", le film d'épouvante de l'année. Le succès honorable du film amène fatalement l'idée d'une suite plus pour capitaliser sur la renommée d'une éventuelle franchise que pour exploiter les potentialités d'un sujet classique pour ne pas dire désuet. C'est un spin-off et non une suite qui sera mis en chantier avec pour base scénaristique, l'histoire de la perturbante Annabelle, la poupée au sourire clownesque sur l'image de laquelle s'ouvrait "The Conjuring".

Annabelle est une poupée de collection très recherchée qu'un jeune mari, John Gordon (Wart Horton) a la bonne idée d'offrir à Mia, sa femme enceinte (Annabelle Wallis). La poupée n'a rien encore de l'entité malfaisante décrite dans le témoignage que l'on a pu entendre dans "The Conjuring", mais elle ne va pas tarder à servir de véhicule à l'âme corrompue d'une adoratrice de Satan, Annabelle Higgins (Tree O'Toole), adolescente que les autorités croient proche de la « Manson family »mais qui appartient en fait à la secte plus confidentielle du bélier.

Dès lors le cauchemar ne va plus cesser pour Mia qui se sent persécutée, un déménagement n'y changera rien, et dans le nouvel appartement, les évènements étranges se succèdent, et le bébé nouvellement arrivé semble être la proie de forces malveillantes. C'est sur ce postulat classique que Gary Dauberman écrit un scénario excessivement formaté, un "Rosemary'Baby" du pauvre qui n'évite aucun écueil du genre, emprunte tous les sentiers balisés qu'ont déjà sillonnés et façonnés les "Amityville", particulièrement les suites qui ont alourdi les étagères des vidéoclubs dans les années 90 voire 2000, avec leur cohorte d'objets hantés (les épisodes 4, 6, 7 et 8 font état de lampes, d'horloges, de miroirs, et même de maisons de poupées hantés).

Typique mais pas inefficace, puisque ce parti pris de série B est pris en main par John R. Leonetti - respectable directeur de la photographie sur les précédents opus horrifiques de James Wan ("Dead Silence", "Insidious 2", "Conjuring") et réalisateur auparavant des peu glorieux "Mortal Kombat : Annihilation" et "L'Effet Papillon 2" – qui rend une copie convenable à défaut d'être remarquable. La mise en scène ne s'approche en rien de l'élégance de James Wan, et classicisme dans "Annabelle" rime bien souvent avec médiocrité, mais elle fait honneur aux quelques instants de trouille qui émaillent le scénario.

Côté Casting, Annabelle Wallis (Jeanne Seymour dans la série "The Tudors") parvient à nous faire ressentir un certain attachement pour Mia, la jeune mère au prise avec les entités démoniaques auxquelles la poupée a ouvert la porte. Dès lors que nous ressentons quelque chose pour le personnage principal il serait malhonnête de dire que la mayonnaise ne prend pas, et on pense en suivant les mésaventures de Mia à quelques petites réussites méconnues du genre notamment "La Sentinelle des Maudits" de Michael Winner (1977).

Alfre Woodard ("Desperate Housewives", "True Blood", "Private Practice") est l'autre belle surprise même si son personnage écope de la morale chrétienne qui ramolli considérablement le final. La musique de Jo Bishara est aussi pour beaucoup dans la construction dramatique des scènes d'angoisse. Egal à lui-même, Bishara triture ses violons sur fond de grondements sourds, si on ne niera pas l'impact, on ne peut que s'inquiéter de cette tendance à se recycler.

En fin de compte, "Annabelle" n'aura pas ennuyé tout au long de ses 98 minutes, tout n'est certes pas brillant (écriture en pilote automatique, mise en scène fonctionnelle, rebondissements convenus et sursauts faciles), mais dans l'état actuel du cinéma d'épouvante grand public, une série B populaire exécutée convenablement ne peut être que bienvenue.
Auteur :Gabriel Carton
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