28 septembre 2021
Critiques

Annette : Le film qui vous en mettra plein les mirettes

Par Axelle Guéguen


On vous présente le film le plus clivant de l’année : "Annette". Le long métrage de Léos Carax est absurde, lyrique et définitivement kitsch, il ne laisse personne indifférent.

"Annette", c’est l’histoire d’un couple improbable qui devient une famille. Ann, jouée par Marion Cotillard, est une chanteuse d’opéra délicate et rêveuse. Henry, interprété par Adam Driver, est un humoriste cru et sombre. Seuls leur succès dans leurs vocations respectives ainsi que leur amour semblent les unir. Mais quand arrive Annette, leur extraordinaire bébé, la dynamique idyllique du couple vole en éclat. "Annette", ce film au pitch ordinaire, est pourtant un chef-d’œuvre de l’absurde, qui parvient à allier thriller, drame shakespearien et comédie musicale, tout en gardant une cinématographie cohérente et envoûtante. Un coup de cœur absolu.

S’il faut commencer quelque part, autant que ce soit la scène d’ouverture. Elle a le mérite d’annoncer la couleur du film tout en se démarquant totalement du reste. Dans un studio d’enregistrement, on retrouve Leos Carax, le réalisateur, et Sparks, le groupe mythique auteur de la bande originale d'"Annette". Au fil de la chanson « May we start », le casting principal se joint à la joyeuse troupe dans une ambiance presque « Lalaland-esque » version coulisses. Décidément entraînante, elle mène l’audience jusqu’au véritable point de départ du récit.

On nous présente donc les deux personnages principaux dans leurs milieux de prédilection : chacun sur scène, mais résolument pas la même. Ann Desfranoux est en plein exercice lyrique, à l’opéra, et a droit à une ovation distinguée et admiratrice. Henry McHenry monte lui sur scène devant un public qui exige d’être diverti, dans une tension camouflée par le rire. Les deux tourtereaux se complaisent dans leurs environnements respectifs, tous deux couverts de succès, mais semblent se comprendre et se compléter malgré le clivage de leurs caractères. Leur idylle prend une tournure beaucoup plus réelle et ancrée quand naît la petite Annette. Visuellement, elle se démarque immédiatement. Mais au fil du film, on vient à s’attacher à ce bébé miraculeux malgré sa dimension très irréelle.

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Adam Driver, Marion Cotillard et Simon Helberg - Copyright UGC Distribution

Cependant, "Annette" ne se limite en rien à son intrigue. Car si elle met clairement en lumière des problématiques actuelles, sur lesquelles il s’agira de revenir (mais pas trop en détail) c’est sa cinématographie impeccable qui vole la vedette. Carax allie kitsch, poésie et absurde dans des décors et des lumières qui donnent au film une teinte irréelle très brute. Des procédés comme des jeux de surimpression, des décors qui crient « filmés en studio » et des jeux parfois exagérés (mais toujours justes  !) contribuent à une théâtralité auto dérisoire tout au long du film. Jouer avec la notion d’absurde est dangereux : on peut se perdre dans un produit sans queue ni tête, ou pire, complètement déconnecté et qui respire la prétention. Carax, tout en soignant chacune de ses scènes pour maintenir une excellence technique et visuelle, prend soin de ne pas perdre de vue le caractère risible qui rend son film si attachant.

"Annette", malgré son côté très « méta », renvoie à certaines problématiques sociétales très concrètes. On peut relever sans trop spoiler la place qu’occupe l’audience dans la vie des personnalités, qui est résolument le fil rouge du film. Les autres thématiques ont quelque peu tendance à se noyer dans le tumulte du film, dont on ne sent pas passer les 2 heures et 21 minutes. Elles sont tout de même bien présentes et nous offrent des scènes, comme celle de la conférence de presse, particulièrement poignantes.

Il est important de souligner l’aspect chanté du film. Réticents aux comédies musicales s’abstenir : "Annette" est presque un opéra rock (ou baroque). Longue épopée chantée par des voix qui peuvent surprendre de par leur fragilité, elle peut faire fuir les pointus de la chanson autant que ses désapprobateurs. Mais la fragilité n’empêche en rien l’intensité ni l’émotion qui transparaît dans chacune des chansons, même les plus simples. La collaboration des Sparks et de Carax brille d’autant plus qu’elle nous offre un parallèle entre simplicité musicale et cinématographie complexe, qui se complimentent parfaitement.

"Annette" est décidément un film sublime. Carax a su allier autodérision, émotion et perfection technique pour donner un long métrage tordu et passionnant. Les performances du casting principal sont justes et touchantes. La musique provoque pile les émotions qu’elle tend à provoquer, notamment dans la fantastique scène de l’orchestre. S’il risque de ne pas gagner la Palme d’Or à Cannes du fait des avis plus que partagés à son sujet, il mérite bel et bien l’attention qui lui est portée. Alors, ruez-vous en salle pour voir ce chef-d’œuvre au cinéma !


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