22 septembre 2019
Critiques

Ant-Man : Déception !

Même en étant conscient du système de fonctionnement des studios Marvel, toujours prompts à encourager l'émulsion créative tant que celle-ci ne contrarie pas ses plans quinquennaux de domination mondiale par un excès d'identité artistique, le départ d'Edgar Wright ("Shaun of the dead", "Hot Fuzz"....) de la production d'"Ant-Man" l'an passé est appelée à rester un cas d'école.

Poussé à la démission quelques semaines à peine avant le début des prises de vues, après que les réécritures intempestives des exécutifs du scénario qu'il avait écrit avec Joe Cornish ne l'aient dépossédé de la paternité du projet "Ant-Man", Wright fut confronté à l'éternel dilemme planant sur les entrepreneurs de cet art à vocation industrielle (à moins que ce ne soit l'inverse) qu'est le cinéma.

A savoir rester et essayer de sauver les meubles, ou refuser de devenir simple exécutant sur un film sur lequel il avait commence à travailler en... 2006 (soit avant même que le carton d'"Iron Man" ne mette  Kevin Feige et ses potes en spandex sur orbite) !

Dés lors, il n'est nullement surprenant que "Ant-Man" porte à ce point l'empreinte du réalisateur de "Scott Pilgrim", si l'on considère à quel point le processus de transposition de l'un des personnage les plus délicats du roaster Marvel (héroïsation peu amène, univers moins prompt à l'iconisation, nature du super-pouvoir sans réels précédents sur grand-écran) lui est tributaire.

Des séquences de miniaturisation présentées au grand-public il y a quelques années avec un teaser d'essais réalisé par Wright ayant mis les réseaux sociaux en ébullition, à un casting s'étant largement constitué  (de l'aveu même de Michael Douglas) sur son nom, en passant par une direction artistique dont les fulgurances sont clairement estampillées de son sceau...

Tout "Ant-Man" avance ainsi dans l'ombre de son créateur déchu. On peut donc clairement parler de spoliation pour qualifier l'attitude de Marvel, qui a bon dos d'essayer de minimiser l'apport de Wright en engageant un yes-man sans envergure (Peyton Reed, réalisateur d'"American Girls" et … "Yes-man" avec Jim Carrey !) pour reprendre le flambeau, et neutraliser toute traces du passage de son prédécesseur (mais en s'octroyant le travail de pré-production effectué en amont, pas folle la bête) dans le produit fini.

Il n'est guère plus étonnant que les séquences les plus réussies d'"Ant-Man" s'avèrent redevables au cocréateur de "Spaced", au point de pousser  le rédacteur besogneux à envisager l'écriture de son papier sous l'angle relativement peu arpenté du réalisateur évincé.  

A plus fortes raisons lorsque le seul apport du réalisateur effectif se borne globalement à faire ce que l'on attendait de lui, à savoir annihiler toute tentative de point de vue à travers une mise en scène qui évoque davantage feu la trilogie du samedi sur M6 que l'avant-gardisme réclamé par la conception de certaines séquences qui relèvent clairement du jamais-vu.

On pense  à la première incursion de Scott Lang sous le costume d'Ant-Man, véritable mine d'or d'inventivité conceptuelle (au point de renvoyer au "Ratatouille" de Brad Bird) mise au service des enjeux relatifs à un personnage dont les capacités d'adaptation sont mises à rude épreuve, et qui parvient à préserver son potentiel ludique malgré la platitude de l'exécution de Reed.

Tout le film s'articule ainsi autour de cette étrange dichotomie entre une facture générale archaïque, figée dans des postures de mise en scène ringardes de 20 ans malgré l'énorme capital sympathie dégagé par son casting (Paul Rudd et Michael Douglas en tête), et la dynamique comique de certaines séquences qui doivent tout au réalisateur anglais, et dont les monologues de l'hilarant Michael Pena sont les plus évidents débiteurs.

Un constat guère étonnant quand on écoute certaines sources en interne ayant dévoilé que les instigateurs du film, patinant en pleine semoule, étaient revenus au  scénario de Wright... En plein milieu du tournage !

Une preuve s'il en fallait, que Wright était bel et bien le réalisateur idéal pour le film, lui qui dans le climax d'"Hot Fuzz", procédait à une mise en abyme de ses personnages qui fait rétrospectivement écho aux enjeux sous-tendant la problématique  d'Ant Man (le moment ou les héros joués par Simon Pegg et Nick Frost devenaient bigger than life en se battant dans une reproduction en modèle réduit du village), personnage contraint d'évoluer à la périphérie de l'univers des icônes Marvel sans se faire écraser par les icônes qui y sont installées.

Enjeu brillamment relayé par un climax dont la scénographie s'élabore autour d'un jeu constant sur les échelles de grandeur qui renvoie directement à la scène décrite plus haut.  Une idée géniale parmi d'autres,  qui ne fait aucun mystère quand à son géniteur. Dont l'absence d'implication risque de se faire violemment ressentir sur la suite (car suite il y aura, comme l'annonce les inévitables scènes post-génériques)...

En attendant, il faut rendre à César ce qui revient de droit à César : les quelques saillies créatrices qui secouent ponctuellement l'encéphalogramme plat d'"Ant-Man" sont bel et bien signées Edgar Wright.

On appelle ça du gâchis...

Auteur :Guillaume Meral

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