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Anything Else : L’amour est aveugle

Dans "Hollywood Ending", son avant dernier film, Woody Allen interprétait le rôle d'un cinéaste hypocondriaque qui se retrouvait frappé d'une cécité psychosomatique en plein tournage de son nouveau film. A l'arrivée, certains ne voient qu'un ratage absolu sauf en France où le film est considéré comme un véritable chef-d'œuvre. La critique française n'a pas voulu voir à travers cette fin satirique une attaque à son égard mais a considéré que le cinéaste new-yorkais leur rendait hommage en soulignant qu'il n'y a que les français pour discerner le talent, le vrai. Contrairement à la sacro sainte critique française, je pense que Woody Allen s'est ouvertement moqué de l'aveuglement de certains journalistes. Allen est parfaitement conscient de ce qu'il est. Capable d'être un immense cinéaste (voir "Zelig", "Crimes et délits" ou "Une autre femme") et auteur d'œuvre mineur qui n'ajoute rien à sa gloire, Woody Allen sait que la France sera toujours à ses pieds quoi qu'il fasse et la sortie de son dernier film confirme cette déduction. 

"Harry dans tous ses états" est indéniablement le dernier grand Woody Allen. Depuis 6 films se sont succédés dont seul émerge Le sortilège du scorpion de jade, film jubilatoire au rythme effréné, ce qui manque justement à ces derniers films. Avec "Anything Else" (distribué par Bac Films), Woody nous sert une nouvelle fois ses plats préférés: les femmes, la psychanalyse, la difficulté d'être un artiste… Inutile de résumer le film, les ingrédients sont connus de tous. Trop âgé pour jouer le rôle principal, Woody passe la main à un jeune acteur très fade Jason Biggs qui nous fait regretter le new-yorkais binoclard d'antan. Le cinéaste s'est réservé le rôle de Dobel, personnage peu aimable, complètement paranoïaque, cachant des armes dans toutes les pièces de sa maison et capable d'une grande violence (il tuera un policier). Lui qui se sait tant aimé par la France, s'est-il délibérément écrit ce rôle ingrat pour susciter chez nous une vague répulsion ? Il s'est souvent donné des rôles antipathiques mais jamais Allen n'était allé aussi loin dans cette entreprise de démolition de son personnage de juif névrosé qui est entré dans l'inconscient collectif.

Pourquoi "Anything Else" ne procure-t-il qu'ennui et lassitude ? La durée du film trop longue, un rythme qui s'essouffle, des dialogues moins brillants que d'habitude…On a sans cesse l'impression d'être devant une pâle copie d'un film d'Allen réalisé par un jeune cinéaste avec des jeunes acteurs (à ce titre, Christina Ricci est largement plus convaincante que son partenaire même si elle ne possède pas le charme de Diane Keaton ou de Mia Farrow…) et dans lequel Woody aurait accepter par gentillesse d'apparaître en guest star.

Il est toujours difficile de dire du mal des gens qu'on aime, et Woody Allen est dans mon panthéon cinématographique depuis bien des années, mais si l'amour rend aveugle, ce n'est pas rendre service à son partenaire que de lui mentir, que d'être hypocrite avec lui. Et ceux qui pensent que, quand on aime Woody Allen, on doit aimer tous ces films, ces gens là à mon avis tiennent peu en respect l'œuvre du cinéaste, incapables qu'il sont, ces faux admirateurs, de différencier les grands films des films mineurs.

Auteur :Christophe Roussel
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