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Anything else, la vie et tout le reste : La vie et rien d’autre

Automne 2003 : le Woody Allen nouveau est arrivé : "Anything Else". Et, ma foi, c'est un bon petit cru qui se laisse boire.

Jerry est un jeune garçon docile qui a réussi à se faire passer 3 fois la corde au cou mais sur des plans différents : Primo, il est sous le charme de sa petite amie Amanda, une comédienne aussi boulimique que frigide, qui lui joue le rôle de la femme éperdument amoureuse mais débordée et frustrée de ne pas pouvoir lui donner tout l'amour qu'il attend d'elle.

Secundo, il se sent terriblement redevable envers son agent Harvey qui lui a si généreusement sacrifié toute sa vie pour l'aider à devenir l'écrivain qu'il est et qui voudrait lui faire signer un contrat à vie en jouant à le faire culpabiliser. Tertio, il éprouve un besoin irrésistible de suivre et poursuivre la psychanalyse qu'il a entamée avec un psy qui chronomètre le temps des séances et qui se fait payer à ne pas dire un mot. 

Ces liaisons de totale soumission que Jerry subit sans même sans rendre compte donne lieu à des situations comiques : l'attaque cardiaque spectaculaire d'Harvey dans un restaurant chic quand Jerry lui annonce qu'il ne re-signera pas avec lui, l'installation de la mère d'Amanda dans leur petit appartement, les « excuses » répétées d'Amanda pour éviter tout rapport sexuel qui tiennent d'un jeu grandiose de comédienne capricieuse…

Dobey, vieil enseignant hyper-lucide, parano et semble-t-il un rien cinglé, surgit dans la vie de Jerry comme pour lui ouvrir les yeux et l'aider à s'émanciper. Partageant des bancs dans Central Park, Dobey et Jerry forme un duo attachant : il faut voir Jerry écouter son mentor qui n'a de cesse de lui prodiguer de bons conseils et qui sait, comme nul autre, créer des mots loufoques et séduisants mais riches de sens.

On l'aura compris, Jerry, volontairement bourré du charme que Woody Allen n'a pas, mais névrosé comme lui, est le portrait de Woody Allen : normal quand on sait que Woody Allen donne depuis belle lurette dans l'autobiographie. Et dans le rôle de Jerry, Jason Biggs (bien loin du registre "American Pie") réussit là où d'autres ont lamentablement échoué : il est irrésistible dans la version prise au berceau de Woody Allen. Woody Allen s'est quant à lui attribué le rôle de Dobey, rôle qui lui permet de nous livrer sa vision de « la vie, et tout le reste ». Observateur au regard aiguisé, il décrypte la nature de la société qu'il retranscrit par le biais de piques d'humour mi-intellect mi-fantaisistes distillées avec le savoir-faire qu'on lui connaît.

Le rôle d'Harvey, l'agent-tocard au physique rondouillard, convient à merveille à Danny DeVito qui a l'habitude de ce registre. Quand à Christina Ricci, dont le talent a été reconnu grâce à la très célèbre "Famille Addams", on a envie de la faire passer par la fenêtre tant elle est exaspérante à souhait dans le rôle de la petite amie qui passe son temps à jouer des sentiments pour attendrir Jerry, incapable de lui refuser quoi que ce soit.

Avec un mélange savoureux de légèreté et de sérieux, Woody Allen, en un peu moins de 2 heures, réussit à nous livrer sur un plateau, la vie avec tout ce qu'elle comporte. Champagne !

Auteure :Nathalie Debavelaere
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