11 juillet 2020
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Anything Else : Pause bienvenue

Comme chaque année, pratiquement, un nouveau Woody Allen apparaît sur nos écrans. Et c'est toujours avec plaisir que nous attendons de voir ce petit brin d'homme bégayant nous parler de la vie. La conclusion étant bien sûr : « Life… it's like anything else ». Oui, la vie est comme tout, étrange surprenante et merveilleuse. Cette fois, Woody Allen s'émancipe. Il se fait psychologue à ses heures perdues pour un jeune homme que l'on pourrait considérer comme son fils spirituel, Jason Biggs. Comme quoi toutes ses années de thérapie lui ont donné la capacité d'aider les autres. Jerry (J. Biggs) écoute et suit les conseils tordus, et pourtant justes, de Dobel (W. Allen), son mentor. Tous deux sont acteurs comiques et ne vivent pas pleinement leur vie. Mais l'un des deux à une soixantaine d'années, l'autre trois fois moins.

"Anything Else" (distribué par Bac Films) séduira bien entendu les fans de Woody Allen, pour d'autres se sera l'occasion de découvrir un réalisateur exceptionnel. Ce film touche particulièrement les gens de la génération X (cf. le roman de Douglas Coupland) ces personnes d'une trentaine d'années qui s'accrochent à leurs peurs pour éviter toutes déceptions éventuelles et en fin de compte, s'enferment dans une routine ennuyeuse. Jerry appartient à cette génération. Il est effrayé par la solitude (ou du moins l'idée qu'il s'en fait) alors il se cloître dans un quotidien frustrant et refuse d'en changer. Sa copine le trompe, son agent le vole tout en jouant sur la corde sensible… Jerry étouffe. Ses seules bouffées d'air frais, il les prend avec Dobel dans Central Parc, où ils philosophent, parlent de la vie, unis par une amitié véritable et hors du commun. 

Woody Allen filme New York dans "Anything Else" avec ce sentiment d'amour particulier qu'il éprouve pour cette ville. Il emmène le spectateur dans des coins magnifiques et méconnus. Et c'est un plaisir de le suivre. Ces lieux prennent alors part à ce sentiment de confort et de sécurité des personnages. Vivre à New York, c'est être chez soi. C'est pourquoi voir Jason Biggs évoluer, prendre conscience des freins qu'il s'impose, des boulets qu'il traîne et les surmonter pour aller de l'avant, est un pur bonheur. Woody Allen nous envoie ici un message d'espoir, de courage. Tout ça avec beaucoup d'humour et d'intelligence (comme toujours). Mais Jason Biggs et Woody Allen ne sont pas seuls dans cette comédie. Christina Ricci y interprète la petite amie déjantée de Jerry, Amanda. Et quelle femme! Elle réussit subtilement à concilier la folie risible des femmes (c'est à dire: entêtement à se trouver grosse, laide et nulle) et leur fragilité touchante. Elle est simplement superbe.

"Anything Else" nous fait rire, surtout de nous. Car nous nous reconnaissons tous dans cette recherche de bien-être que nous minons de soi-disant problèmes afin de s'assurer de notre propre échec, tout en feignant, bien sûr, de les résoudre. C'est une véritable remise en question. Parsemé de répliques hilarantes, de critiques de la psychanalyse, et de paroles de sagesse, Woody Allen nous livre une œuvre pleine d'espoir. Il nous communique ce désir d'aller de l'avant, d'être courageux et de prendre la vie à bras le corps. Ajoutez à cela une Bande Originale admirable (comme d'habitude, oserai-je dire pour les amateurs de jazz), "Anything Else" mérite de prendre le temps de s'arrêter un moment. Vous vous accorderez bien une pause dans cette vie surchargée…

Auteure :Clémentine Guilbaud
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