21 octobre 2019
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Après la bataille : Au cœur de la réalité

Après la bataille traite de la révolution que l'Égypte a connu ces derniers mois - et qu'elle connait encore. Quel format pour un tel sujet, fiction ou documentaire ? Yousry Nasrallah opte pour la fiction. Mais en adaptant son récit aux événements en cours, en allant jusqu'à intégrer ses personnages dans de réelles scènes d'insurrection. 

L'histoire du film là voici. Reem, une militante révolutionnaire des beaux quartiers se prend de passion pour Mahmoud, un cavalier de Nazlet qui n'a pour tout gagne-pain que de proposer aux touristes un tour à cheval auprès des Pyramides. Passons rapidement sur cette intrigue assez (trop ?) classique et pas toujours réussie a laquelle on peine à croire. Défaut mineur car le film a le grand mérite d'apporter un regard inédit sur le Printemps égyptien , un regard neuf, de l'intérieur et en direct des événements. Et c'est là sa grande force. Quand Yousry Nasrallah, plutôt que de se laisser piéger par la passion aveugle (pourtant légitime) prend le temps de questionner les événements à l'image de la scène d'ouverture qui remet en question un épisode sanglant de la jeune révolution appelée «  la bataille des chameaux » qui montre que les cavaliers et chameliers payés par les autorités pour contrer les révolutionnaires étaient désarmés et avant tout victimes de leur ignorance et de leur misère. 

C'est aussi lorsqu'il confronte sa petite histoire avec la réalité quotidienne de l'Égypte que le film est le plus réussi comme cette scène où Reem organise des réunions d'informations dans les quartiers miséreux de Nazlet El-Samman avec les « vraies » mères et épouses qui n'hésitent pas à fustiger la passivité de leurs époux. Paroles spontanées ô combien précieuses dans un film qui frôle souvent avec la raideur d'un récit dramatique qui apparaît par comparaison très artificiel. 

Le film s'achève en octobre 2011 alors que l'Egype a laissé le pouvoir à l'armée et qu'une nouvelle manifestation est réprimée dans le sang. Si le cinéaste ne dit pas de ce que pourrait être la suite des événements (mais qui pourrait le dire ?) il s'autorise tout de même à faire preuve de cynisme (par le truchement du personnage le plus crapuleux il est vrai) en affirmant que les profiteurs sauront toujours tirer les marrons du feu et faire profit de la misère égyptienne. Espérons que sur ce point il fasse fausse route. 
Auteur :Pierre Lucas
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