19 octobre 2019
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Aviator : Une légende d’Amérique

"Ne me dis pas que c'est impossible !". L'une des premières répliques du personnage d'Howard Hughes dans "Aviator" (Leonardo DiCaprio, plus que parfait en homme accomplissant ses rêves d'enfant) dévoile la hauteur des insatiables appétits d'un homme d'exception.

Car pour cet héritier de l'une des plus grosses fortunes de l'Amérique des années 1920, rien ne pouvait contrarier ses rêves les plus fous ni altérer ses deux furieuses passions : l'aviation et le cinéma.

Et son premier film hollywoodien, "Hell's Angels", conjugua ce double amour sans limites : une épopée cinématographique hors normes au coeur des combats aériens de la Première Guerre mondiale qui cumula les records en tous genres (budget pharaonique, tournage étalé sur 3 ans, flotte aérienne insensée, 560 heures de pellicule, une première hollywoodienne fastueuse).

Cependant, "Hell's Angels" remporta un succès critique et public phénoménal, lança la carrière de Jean Harlow et consacra Howard Hughes comme le nouveau nabab d'Hollywood.

Martin Scorsese le montre ainsi juché sur l'un de ses coucous, filmant les combats caméra à la main, comme un général au coeur de la bataille et dévoile ainsi le charisme renversant d'un homme dévoré par ses passions.

A la fois enthousiaste, perfectionniste et insupportable, Howard Hughes s'affirma comme un stupéfiant visionnaire qui inventa le futur de l'aéronautique sans jamais cesser d'expérimenter lui-même ses propres inventions.

N'acceptant aucune limite, trop anti-conformiste pour les cénacles aéronautiques et cinématographiques de l'époque, son irrésistible ascension fut jalonnée d'embûches et d'échecs, attirant jalousies et haines diverses ("Je me suis battu avec ces enfoirés de la haute toute ma vie" dira-t-il un jour).

Pourtant, jamais il ne dévia de sa trajectoire pour atteindre le firmament de ses ambitions. Ses relations avec les femmes furent sur le même registre : turbulentes mais passionnelles.

Séducteur impénitent, sa vie amoureuse fut néanmoins fortement marquée par son mariage avec Katharine Hepburn, comédienne au tempérament dominant (interprétée par une Cate Blanchett rayonnante), avant que celle-ci ne rencontre Spencer Tracy.

Un amour tumultueux mais intense qui laissera chez chacun une empreinte indélébile ("L'aventure a été magnifique mais ça ne pouvait pas durer" avouera l'actrice). Le milliardaire collectionnera ainsi les plus belles femmes d'Hollywood (dont la sublime Ava Gardner jouée ici par une Kate Beckinsale sans charisme) mais n'oubliera jamais la grande Katharine.

Cependant, Martin Scorsese ne filme pas l'hagiographie d'un homme hors du commun car il plonge aussi dans les affres et tourments d'un esprit volontiers torturé rongé par de singulières angoisses.

Comme cette phobie de la saleté qui confinait à l'obsession (il ne supportait pas d'effleurer ce que les autres avaient touché au point d'emmener partout son propre savon !) ou cette paranoïa galopante au sujet de ses concurrents.

Un homme guetté par la folie qui traversera une période sombre en proie aux cauchemars les plus délirants.

A l'origine du projet et co-producteur de cette fresque éblouissante, Leonardo DiCaprio a confié les rênes du film à un Martin Scorsese qui a vu dans cette figure mythique un concentré de ses propres rêves, désirs et névroses.

Ses personnages les plus obsessionnels (le Travis Bickle de "Taxi Driver", le Jimmy Doyle de "New York New York", le Jack La Motta de "Raging Bull", le Rupert Pupkin de "La Valse des Pantins") pourraient être, de près ou de loin, les reflets d'un Howard Hughes irradié puis consumé par le feu brûlant de sa passion.

"Aviator" est un film jubilatoire et virevoltant, fleuve impétueux charriant sensations et sentiments sur des courants contraires, où la mise en scène inspirée du cinéaste emporte le spectateur dans le tourbillon d'une vie exceptionnelle.

Une oeuvre magnifique à la démesure du destin légendaire d'un homme à propos duquel Katharine Hepburn dit un jour : "Il y a trop de Howard Hughes chez Howard Hughes"...

Auteur :Patrick Beaumont

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