18 novembre 2019
Archives Critiques

Les Fils de l’homme : Une véritable claque cinématographique

« Les fils de l'homme ». Qu'est ce que c'est que ce film pouvez-vous vous demander ? En effet, est sorti ce mercredi, dans un quasi-anonymat, le nouveau film du réalisateur d'« Harry Potter 3 ». Très peu de promo, de rares bandes-annonces, pas de relais spécifique de la presse et une sortie presque confidentielle pour un film de ce type (pour nos lecteurs nordistes, une seule copie circule par exemple sur la métropole lilloise). Il n'y a apparemment rien de spécialement excitant jusqu'ici, si ce n'est que ce film est sans conteste, d'un point de vue formel, l'un des plus impressionnants que l'on ait vu ces dernières années.

Le film est une adaptation du roman de P.D. James, auteur de polar à succès qui, le temps d'une histoire, s'était essayée à la science-fiction. Sorte de road-movie anticipatif dans une Angleterre écrasée sous le joug militaire, le film, par certains points, n'est pas sans rappeler « 28 jours plus tard » de Danny Boyle. Il s'agit en effet de personnages à la recherche d'un Eldorado potentiel dans le but de préserver le peu qu'il reste de l'humanité. Cependant, point de zombie ici. Le véritable particularisme du film est à rechercher dans la mise en scène d'Alfonso Cuaron. Comme nous venons de le préciser, Cuaron est surtout connu pour avoir réalisé « Harry Potter et le prisonnier d'Azkaban » qui est probablement le film le mieux réalisé de la série. Toutefois, il n'y avait pas non plus de quoi crier au génie, surtout en sachant qu'il fallait le comparer avec les deux premiers films de la série qui étaient réalisés par Chris Columbus, un des réalisateurs les plus insipides d'Hollywood. Il n'y avait donc pas non plus de quoi susciter une impatience exacerbée en attendant le dernier film de Cuaron, et pourtant…

« Les fils de l'homme » est un film d'anticipation dans la plus pure tradition, un film qu'il faudrait sans doute rapprocher de « Soleil vert » et qui, je n'ai pas peur de l'affirmer, soutient sans problème la comparaison avec ce chef d'œuvre de la SF des années 70. Cependant, depuis le film de Richard Fleischer, de nombreux films d'anticipations ont vus le jour. Qu'est ce que celui apporte alors de vraiment nouveau ? Un traitement visuel jamais vu, ou tout au moins jamais de manière aussi aboutie. Les scènes d'action du film sont en effet tournées en plan-séquence, c'est-à-dire, pour les lecteurs peu habitués au jargon cinématographique, dans la continuité de l'action, sans coupes entre les plans. Cela est surtout vrai principalement pour trois scènes totalement hallucinantes d'intensité, notamment une des dernières séquences du film lors de l'insurrection du camp. Il s'agit d'un plan-séquence d'une dizaine de minutes avec des centaines de personnages à l'écran, des explosions, des prises d'assaut de bâtiments et le pauvre Clive Owen essayant d'éviter du mieux qu'il peut les balles qui fusent tout autour de lui. Il se dégage de cette scène en particulier et du film en général une force, une puissance rarement atteinte et qu'il faudrait rapprocher du plan-séquence d'ouverture du « Snake Eyes » de Brian De Palma mais en plus démesuré, plus halluciné et hallucinant.

Pour ceux qui ne seraient pas nécessairement sensibles à l'exploit technique pourtant exceptionnel, il n'empêche que ce traitement visuel nous plonge, nous immerge dans l'action du film comme rarement nous l'avons été (peut-être plus depuis la séquence d'ouverture d'« Il faut sauver le soldat Ryan »). S'il fallait vraiment être pointilleux et trouver un défaut au film, peut-être pourrions-nous reprocher au scénario d'être par moment inabouti et que certains enjeux nous échappent quelque peu. Le contexte politique est par exemple un peu sous-employé. Ces défauts semblent cependant bien minces en comparaison avec les qualités visuelles exceptionnelles du film.

« Soleil vert », « Snake Eyes », « Le soldat Ryan » auxquels nous pourrions rajouter les deux « Kill Bill » ou bien encore « Old Boy ». C'est un peu tout cela « Les fils de l'homme », à savoir une véritable claque cinématographique, un film qui nous en met plein les yeux pendant pratiquement deux heures et qui est sans conteste ce que l'on peut appeler une expérience de cinéma pur et qui confirme décidément la capacité de Clive Owen à s'embarquer dans des projets souvent casse-gueule mais à chaque fois drôlement réussis. 

Auteur :Loic Gourlet
Tous nos contenus sur "Les Fils de l'homme " Toutes les critiques de "Loic Gourlet"

ça peut vous interesser

Gemini Man : Mr. & Mr. Smith

Rédaction

Sortie DVD : Gloria Bell avec Julianne Moore

Rédaction

Will Smith revient avec Gemini Man

Rédaction