21 février 2020
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Vidocq de Pitof : La critique du film

Et voici "Vidocq" au cinéma ! Bagnard en cavale devenu espion et informateur de la police, François-Eugène Vidocq fut promu chef de la Sûreté en 1811 et inspira à Honoré de Balzac le personnage de Vautrin dans « Le Père Goriot » ainsi que celui de Jean Valjean et, à moindre titre, celui de Javert dans « Les Misérables ».

Ainsi, Vidocq fut-il longtemps considéré comme le roi des détectives, un représentant des forces de l'ordre auquel des écrivains divers ont rendu hommage, notamment Edgar Alan Poe dans « Double assassinat dans la rue morgue ». Toutefois, il ne faut pas oublier que, par certains aspects, Vidocq fut une personne peu recommandable, au parcours contestable, avant de tourner casaque et de se mettre au service de la police.

Dès la fin des années 1960, ses aventures inspirèrent la télévision française qui livra aux téléspectateurs de l'époque de magnifiques séries télévisées interprétées par Bernard Noël tout d'abord, puis par Claude Brasseur ensuite.

Que le cinéma s'empare à son tour de cette partie du patrimoine français de l'aventure avec un grand A était, de prime abord, une bonne nouvelle. Pourtant, l'utilisation du procédé particulier qu'est la DV n'annonçait guère un résultat satisfaisant. Qui plus est, le choix de Pitof en tant que metteur en scène pouvait laisser augurer le pire. De fait, le pire s'est produit !

Dominique Farrugia et Pitof, ce couple empreint de suffisance, veut nous montrer avec arrogance que plus rien n'est impossible, que dorénavant tout se recrée à coups de palette graphique, et ils voudraient nous faire avaler aussi que l'utilisation de la bonne vieille pellicule 35 mm est désormais révolue.

Certes, Pitof rêvait avant tout de conduire à son terme une aventure qu'il s'était fixée alors qu'il portait la casquette de chef d'équipe aux côtés de Jean-Pierre Jeunet. Connu du petit monde des cinéastes, Pitof voulait l'être du grand public. Ambition louable.

Cependant, encore faut-il que cela soit au service d'un véritable projet cinématographique et non d'un gadget ridicule lui permettant de frapper fort en étant le premier à boucler un film avec une caméra numérique, volant ainsi la vedette à George Lucas.

Pour la clarté de notre propos, quelques précisions s'imposent relatives à ce standard, baptisé par Sony, HDCAM 24P. Il fournit une image jamais vue au cinéma. Ainsi, les possibilités fournies par cette caméra font que les images sont aussi nettes à l'avant qu'à l'arrière-plan, la profondeur devient très précise et permet de larges cadrages.

Néanmoins, mal utilisée, et c'est le cas dans "Vidocq", cette technique discutable laisse la fâcheuse impression d'assister à la projection d'une émission de télévision sur grand écran. De plus, avec cette déplorable manie malsaine qui consiste à balancer sa caméra n'importe où pour compenser le vide du scénario, Pitof oblige le spectateur à errer, telle une âme en peine, dans les méandres de son non-film. Notre oeil est perdu, il hésite sans cesse entre le gros nez de Depardieu, les pavés parisiens et le ciel tourmenté.

Pitof a donc oublié que cinéma et jeux vidéo ne font pas bon ménage sauf à vouloir s'adresser à une génération d'abrutis. Très rapidement, l'overdose est atteinte, sentiment renforcé par une bande-son énervante qui, tout comme le rythme effréné et inutile des images, pallie les défauts de l'intrigue.

Quant à l'interprétation, seul André Dussollier parvient à s'en tirer avec les honneurs. La présence de Gérard Depardieu, indépendamment de son talent reconnu, est irritante. Le cinéma français ne peut-il compter que sur ce seul acteur ? Guillaume Canet est, lui, encore plus insipide que dans "Les morsures de l'aube".

Monument boursouflé, mètre-étalon de ce que le cinéma a de plus détestable, "Vidocq" est une navrante catastrophe. Revoyons plutôt la série avec Claude Brasseur pour retrouver le vrai François-Eugène Vidocq, un héros aux aventures multiples et palpitantes, le roi de l'évasion ! La vraie ! Celle de l'imaginaire…

Auteur :Dordain Christophe

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