27 février 2020
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Vidocq : Un espoir perdu

Avec "Vidocq", et c'est l'un des problèmes du cinéma français contemporain, c'est que plus personne ne semble aujourd'hui capable de développer un véritable récit de manière intelligente et construite.

Surtout pas Jean-Christophe Grangé, auteur du scénario de "Vidocq", et qui s'il est (peut-être) un bon écrivain ne fera jamais un bon scénariste. Sa narration, basique au possible, se contente d'emmener personnages et spectateurs d'un indice à un autre jusqu'à un dénouement qui n'en est pas un.

Pour couronner le tout, et faire passer son scénario pour le comble du raffinement, il va même jusqu'à sortir un lapin (un tueur en fait) de son chapeau, et tout cela sans la moindre explication. Ce mauvais deus ex machina surprend (forcément) tout le monde tout en faisant passer l'auteur susnommé pour un génie.

Hélas pour lui, le public n'est pas constitué que d'adolescents mangeurs de pop-corn et prêts à prendre la première vessie venue pour le phare d'Alexandrie.

Si on pouvait admettre l'utilisation d'un tel procédé dans les Rivières pourpres, thriller plat et complaisant dans lequel le scénariste ne faisait que massacrer ses propres personnages; il est dommage que Vidocq, ancien bagnard devenu policier puis détective, personnage historique haut en couleurs et propice à de nombreux récits passionnants, soit trahi à ce point par un auteur de si peu d'imagination.

Admirateur déclaré de la noire poésie d'Edgar Allan Poe, Jean-Christophe Grangé n'est en réalité rien de plus qu'un piteux plagiaire de l'auteur des Histoires extraordinaires.

Pourtant, les moyens n'ont pas manqué pour reconstituer le Paris de juillet 1830, une ville au bord de la révolte partagée entre de grandes aspirations politiques et une réalité quotidienne pas toujours rose. L'enquêteur Vidocq, alors sur la trace d'un mystérieux criminel, vient d'y mourir. Un jeune journaliste qui se dit son biographe entend bien éclaircir le mystère et se lance sur ses traces et celle de son assassin.

Derrière la toute nouvelle caméra numérique haute définition (une première mondiale qui aurait pu s'avérer intéressante), Pitof, grand spécialiste ès effets spéciaux, à qui l'on doit notamment les belles images de "La cité des enfants perdus" ou "Alien la résurrection", pour ne citer que les plus connues de ses oeuvres, fait ce qu'il peut pour mettre en images l'intrigue de Grangé.

Si Pitof, lorsqu'il prend le temps de laisser tourner sa caméra, donne naissance à de belles images, le film souffre d'un montage parfois trop haché (quarante plans d'une demi seconde à la suite sont difficilement supportables).

D'autant que certains plans, étrangement longs eux, s'avèrent très discutables, la visite de l'atelier de "l'Alchimiste", au costume étrangement proche de celui de "Belphégor", atteignant des sommets de mauvais goût. On retrouve là l'attrait de Grangé pour le malsain ou le choquant, un avertissement à l'égard du jeune public n'aurait à ce titre peut être pas été de trop.

Faut-il parler de Gérard Depardieu en "Vidocq" ? Peut être pour confirmer que lorsqu'il joue vraiment (on est loin du fadasse "Comte de Monte-Cristo") il est un bon acteur et que le rôle de Vidocq lui va comme un gant. André Dussollier en Lautrennes, flic rigide mais obstiné, donne un nouvel aperçu de son talent.

Pour les autres, si les "gueules" de Nimier à Tauzet en passant par les trois nobles sont remarquables, Guillaume Canet apparaît pour sa part d'une fadeur incroyable, davantage encore que dans "Les Morsures de l'Aube". La pauvre Inès Sastre fait ce qu'elle peut pour suivre tout ce petit monde dans un Paris sombre et boueux.

Côté ambiance, l'équipe a visiblement chercher à se rapprocher de "Seven" en pure perte. Intérieurs et extérieurs fermés et jaunis ne possèdent pas l'insidieuse influence du travail de David Fincher, et on en vient parfois à trouver le temps long. Porteur d'un bel espoir pour le cinéma français, "Vidocq" marque une déception à plus d'un titre.

Au vu des récentes et souvent désastreuses incursions des français dans le cinéma de genre, on peut craindre, si les scénarios  de ce genre en viennent à se multiplier, que le public ne s'en lasse rapidement et ne préfère aller chercher distraction et réflexion ailleurs.

Auteur :Guillaume Branquart

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