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Argo : Pas le film marquant attendu

Le nouveau Ben Affleck est arrivé !

Si on avait l'habitude d'associer cette formule au film dont il est la tête d'affiche, c'est en tant que réalisateur qu'il déplace les foules vers les salles de cinéma et ce depuis quelques années. Il revient avec "Argo", une histoire qui sort directement des tiroirs de la CIA, la vraie, la seule, l'unique.

Quand Hollywood ne vient pas à la CIA, c'est la fabrique d'espions qui vient à Hollywood. Voilà une phrase qu'a pu se dire Ben Affleck quand il a découvert le rapport, rendu public, sur l'affaire Argo. Tant cette opération d'exfiltration est digne d'un scenario hollywoodien.

Quoi de mieux d'ailleurs comme script qu'une histoire vraie où un agent de la CIA utilise Hollywood pour sortir de l'enfer iranien de l'an 79, des membres de l'ambassade américaine. Le réalisateur américain, joueur de poker occasionnel, avait donc dans les mains ce qu'on appelle une Roll Royce, un jeu fort.

Reste à savoir si ce thriller, politique cette fois, après les très bons "Gone Baby Gone" (2007) et "The Town" (2010), est aussi réussi qu'on peut le croire.

"Argo" offre, effectivement, une belle promesse. Avec son scénario inspiré de faits réels et son réalisateur à l'aura grandissante, ce long-métrage à tout pour être le thriller haletant, le film à suspense avec un casting trois étoiles qui est annoncé.

Force est de constater que les premières minutes semblent bien répondre à cette attente. La séquence dans l'ambassade américaine, face à la colère iranienne et à l'urgence qui en découle, est très bien retranscrite. Le spectateur ressent très bien l'angoisse de la situation.

Si le départ est donc fort bien réalisé, la suite est trompeuse. Car lorsqu'il s'agit de découvrir l'existence des otages et préparer l'exfiltration, ce n'est pas le suspense qui domine. Dans cette partie, le plus savoureux reste la reconstitution ironique ou la satire du monde hollywoodien tel qu'il était à la fin des années 70.

Et la prestation d'Alan Arkin avec sa grande gueule, ou celle encore de John Goodman, valent franchement le détour. La deuxième lecture de cette séquence du film est à découvrir sans se priver.

Mais lorsqu'il s'agit de revenir en Iran, avec les six américains enfermés dans l'ambassade canadienne, le film traine un peu en longueur. On finit par se demander s'il n'aurait pas été préférable de s'intéresser aux otages retenus par le pouvoir en place.

L'épisode de l'intervention des forces armées américaines dans une opération de sauvetage qui a échoué n'est que mentionnée alors qu'elle eut quelques conséquences notables. Toujours est-il, qu'après plus d'une bonne heure de film, le suspense a du mal à subsister tout comme le rythme auquel nous avait habitué Ben Affleck.

En vérité, si le film perd un peu de son souffle, il ne perd pas en qualité grâce notamment à une distribution qui est dans l'ensemble de très bonne tenue. Outre les deux compères de Los Angeles cités précédemment, d'autres acteurs de métier ont été associés à de nombreux visages connus de la télévision américaine et de réelles bonnes surprises. La première d'entre elles se nomme Bryan Cranston, plus connu pour son rôle dans la série "Breaking Bad".

Au final, rares sont les films qui ont bénéficié d'un casting aussi équilibré dans l'ensemble ce qui constitue un véritable atout. Dommage donc que le suspense ne refasse son apparition que dans les vingt dernières minutes et alors même que l'on devine déjà comment cela va se terminer.

C'est inévitable quand il s'agit de traiter, au cinéma, une histoire vraie. Ce n'est en tout cas pas suffisant pour répondre efficacement à la promesse du thriller haletant.

"Argo" est certainement réussi sans vraiment être le film marquant qui est vendu d'emblée.

Auteur :François Bour

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