24 septembre 2019
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Arrête-moi si tu peux : A malin, malin et demi !

Inspiré de l'histoire vraie de Frank Abagnale, "Arrête-moi si tu peux" est un film pétillant qui illustre avec humour et bonheur le proverbe « à malin, malin et demi » ! 

Meurtri dans sa chair après le divorce de ses parents et rempli d'amertume contre la société qui a tout pris à son père qu'il place sur un pied d'estale, Frank Abagnale découvre la vie sous toutes ses facettes et devient un escroc de génie.

Il se joue de la société comme la société s'est jouée de lui ; et rien ne l'arrête car sa plus grande force est de croire qu'il est au-dessus de tout : des autres, des lois et du FBI.

Falsifier des chèques et revêtir des identités de rêve (prof pour remettre à leur place les mauvais élèves, pilote de ligne, médecin et assistant du procureur pour le prestige) devient d'autant plus grisant que face à lui, l'agent du FBI Carl Hanratty a fait de son arrestation une priorité n°1, voire sa raison de vivre. 

Au jeu du chat et de la souris, chacun des deux déploie des trésors d'ingéniosité, plaçant ainsi la barre de plus en plus haut. 

Leonardo DiCaprio, à qui on a souvent reproché son physique juvénile efféminé, est époustouflant de spontanéité, de charme, d'insolence et jongle avec tous ses personnages avec brio : il alterne un jeu léger où il traduit l'émerveillement et un caractère de flambeur survolté avec un jeu tout en ombres et lumière où il traduit subtilement les événements non-digérés de son enfance qui le rongent de l'intérieur. 

Tom Hanks incarne Carl Hanratty, un agent du FBI pas marrant qui EST son métier : avant d'être un homme, il est rempli du sentiment d'avoir à faire respecter la loi, enfermé dans le carcan de sa position. D'abord désarmé par cet arnaqueur génial qui ose tout, il rentre vite dans le jeu du chat et de la souris.

Et c'est là que Tom Hanks prouve son talent sans bornes : de manière indicible, il donne une dimension émotionnelle à son personnage strict et intraitable, ce que peut d'acteurs auraient réussi à faire. 

Si on s'amuse autant que Leonardo DiCaprio et Tom Hanks en regardant "Arrête-moi si tu peux", c'est aussi parce que derrière la caméra, il y a un maître, Steven Spielberg, qui a soigné sa mise en scène à la construction parfaite : les allers-retours dans le passé sont fluides, la caméra judicieusement placée, les plans efficaces. Comme quoi, il est aussi capable de réaliser une comédie de grande qualité.

Evidemment, derrière, on sent le travail de toute une équipe, que cela soit au niveau des décors qui reflètent les années 60, de l'image très stylisée ou au niveau de la lumière tout en contrastes. 

Non seulement, Spielberg réussit à nous faire croire à l'incroyable, à des situations abracadabrantes sans qu'on trouve ça « gros », mais en plus, il évoque dans ce film léger et enlevé des sujets aussi profonds que l'innocence de l'enfance perdue, le divorce mal vécu à travers les yeux d'un enfant, la difficulté à entrer dans le monde adulte, le sens de l'existence, la difficulté de se construire dans une société où apparence et prestige règnent en maîtres.

Sans compter que l'escroc nous est des plus sympathiques et que l'agent du FBI est somme toute attachant malgré son apparente rigidité et sa rigueur professionnelle. En fait, il n'y a pas vraiment de « méchant » dans l'histoire !

Raconter ne serait-ce qu'une scène de ce film serait absurde car on ne peut dissocier les situations de leur mise en scène. "Arrête-moi si tu peux" est un tout qui existe par l'histoire et les acteurs, mais aussi grâce au réalisateur et au travail de l'équipe de la photographie, de la lumière, des décors dont on ne parle que trop peu. Les uns n'existent pas sans les autres.

"Arrête-moi si tu peux" est un film où on s'amuse, au sens noble du terme (c'est denrée rare). Et puis, cela ne vous a jamais traversé l'esprit, à vous, de pouvoir changer de vie et d'identité comme on change de chemise ? 

Auteure :Nathalie Debavelaere
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