19 octobre 2019
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Arrête-moi si tu peux : Excellent !

Quoi de plus éloigné de "Minority Report", fable d'anticipation sombre et angoissée, que cette évocation chaleureuse, douce et nimbée de nostalgie des 60's comme un "bon vieux temps" révolu ? "Minority Report" questionnait avec préoccupation un futur proche à la science aliénante, est-ce que, contrairement, "Arrête-moi si tu peux" participe d'une volonté d'oublier un peu le présent plus que morose ? Oui et non...

"Arrête-moi si tu peux" a beau être un divertissement jubilatoire, rythmé, réalisé à la perfection, "glorifiant" un passé révolu, il est peut-être, paradoxalement, le film de Spielberg le plus ancré dans son époque. À titre personnel, je viens d'achever un séjour aux USA, et je peux témoigner que la marque des attentats et du terrorisme y est indélébile.

Or, qu'avons-nous ici ? Un des hommes les plus recherchés par le FBI, issu d'un pays hostile aux Etats-Unis (la France des années 60), qui met en échec des forces de police sous-équipées (le projecteur de diapos récalcitrant de Tom Hanks) ou incapables (certains de ses équipiers), qui finira par coopérer (le trajet inverse d'un certain Ben Laden, formé par la CIA et qui se retournera contre elle...).

De plus, les années 60, même si Spielberg en fait une époque heureuse, sont les années de la guerre froide (ne revenons-nous pas à un climat similaire en ce début de siècle ?) évoquée par le père de Frank lorsqu'il parle du Viet-Nam et des communistes. On sent bien à quel point les événements récents ont travaillé l'imaginaire des cinéastes américains, et ce film est un exemple remarquable d'exorcisation toute en finesse, et sans doute inconsciente, d'un traumatisme profond.

Mais un film peut être autre chose qu'un constat du monde dont il est le produit. Il peut être aussi une évocation nostalgique de ce qui fait précisément défaut à ce monde. Steven Spielberg a déjà réalisé des films qui entrent dans cette catégorie : "E.T." et "Rencontres du Troisième Type", par exemple. Ce qui faisait défaut au monde de l'époque (et toujours au notre) c'était cette capacité à appréhender l'Autre, l'Étranger, sans violence et sans peur.

"Arrête-moi si tu peux" est aussi un peu un film de ce type-là, et c'est peut-être ce qui explique la douce tristesse qui s'en dégage malgré le ton de comédie prédominant.Car ce film décrit un temps bénit, où traquer un ennemi public se résumait à un bon vieux jeu du chat et de la souris. Un bon vieux temps, auquel on ne reviendra jamais, et dont les règles du jeu ne sont plus applicables aux bouleversements qui s'opèrent dans notre monde à nous...

Alors, bien sûr, un film de Spielberg est une grosse production. Il ne faut donc pas en attendre autre chose qu'un pur divertissement, et on pourra s'agacer du rôle de garces ou de sottes auquel il cantonne les femmes. Mais, une fois conscient de cela, on pourra s'amuser des bons côtés du film de façon moins coupable. Et il y en a des bons côtés !

Outre la critique toute en finesse d'une société basant tout sur l'argent, l'apparence et la réussite, avec ce jeune culotté qui usurpe tour à tour les positions sociales les plus prestigieuses, il y a le jeu des acteurs ! Leonardo Di Caprio, on doit le reconnaitre, est absolument excellent, mêlant maladresse juvénile et audace avec brio. Tom Hanks, plein de bonhomie et de persévérance tranquille, fait oublier ses rôles les plus abominables et dégoulinants. Christopher Walken est ahurissant.

Ajoutez à cela une lumière et une photographie excellentes, un générique qui résume parfaitement le caractère ludique et jubilatoire du film, et vous avez une totale réussite. C'est tellement bon que ça ferait presque oublier "Intelligence Artificielle", tiens ! Et c'est pas rien !

Auteur :Benjamin Thomas

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