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Arrête-moi si tu peux : Les paradis perdus

Le cinéma a de commun avec l'arnaque de reposer sur du faux, du mensonge minutieusement préparé. De "L'arnaque" de George Roy Hill (1973) aux "Arnaqueurs" de Stephen Frears (1991) en passant par "Engrenages" de David Mamet (1987), les créateurs de machinations (acteurs et metteurs en scène de leurs exploits) ont toujours fasciné les cinéastes et enthousiasmé les spectateurs. "Arrête-moi si tu peux" est aussi jubilatoire que les autres.

Ce film ludique pourrait passer pour une « récréation » dans l'oeuvre de Steven Spielberg. Cependant, il n'en est rien. Non content de réaliser une véritable comédie à l'ancienne brillante et élégante, le cinéaste continue de creuser le même sillon en véritable auteur hollywoodien qu'il est. Spielberg parvient, à l'intérieur de ce film de genre (et de commande), à placer sa thématique et ses propres obsessions.

Le passage d'un monde à un autre, d'un état à un autre: voilà le clash, le trauma spielbergien. E.T. voulait rentrer chez lui. L'enfant-robot de "Intelligence Artificielle" souhaitait retrouver sa mère. Ici Frank Abagnale ne peut accepter de voir ses parents se séparer. Le pire étant de devoir choisir entre l'un ou l'autre. Sa fuite en avant (drôle et surtout désespérée) ne sera qu'une façon illusoire de maintenir la légèreté, le jeu, le bonheur sans problèmes d'argent et de coeur qui régnait au sein de la famille. Mais les plus beaux paradis sont ceux que l'on a perdus. Il est vain de tenter de les retrouver.

Le deuil est nécessaire et chez Spielberg. Le deuil passe par un récit d'apprentissage où le héros doit perdre ses illusions pour entrer dans le monde des adultes. Ce travail de deuil se fait souvent seul. Seul dans un monde d'adultes dont il n'accepte pas les règles et les transgresse pour survivre. La solitude d'E.T.. Celle de Tom Cruise devant prouver son innocence dans "Minority Report". Celle de l'enfant-robot égaré dans un monde d'humains terrifiants dans "Intelligence Artificielle".

Pour Frank, tout n'est que jeu comme son père lui a appris mais le Réel (au sens Lacanien du terme) est l'impossible. C'est un mur contre lequel butent les rêveurs et idéalistes en tout genre. En s'enfermant dans le mensonge, Frank se réinvente un monde, des personnages, des situations grandiloquentes à la manière d'un auteur ou d'un réalisateur. Il ne veut voir la réalité en face. Une réalité incarnée par Carl, l'agent du FBI lancé à ses trousses. Ce dernier qui finira par l'arrêter et lui donnera un vrai travail. La solitude de Frank est celle de Carl.

"Arrête-moi si tu peux" est l'histoire d'une amitié ou plutôt d'une paternité. Frank trouve en Carl un deuxième père. Il est moins drôle peut-être. Moins joueur. Toutefois, il est plus ancré dans ce réel impossible et donc mieux armé pour l'affronter. Comme toujours chez Spielberg, la morale est sauve et ses films les plus personnels comme "Arrête-moi si tu peux" sont ni plus ni moins qu'une invitation à se réconcilier avec le monde et avec soi-même.

Auteur : Christophe Roussel
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