19 octobre 2019
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Arrête-moi si tu peux : Quand Steven s’amuse

Steven Spielberg est un sacré farceur, il aime jouer. Il n'y a pas à chercher loin pour trouver ce qui a pu le pousser à adapter l'histoire de ce faussaire de génie : comme Abagnale, il passe sa vie à faire joujou ; comme lui, il charme autant qu'il énerve ; il change d'univers sans prévenir et a toujours une longueur d'avance.

Lui aussi est pas facile à coincer ; à peine les effets spéciaux de Minority Report mis en boîte (et de quelle manière !), le voilà reparti ailleurs, dans un genre auquel il n'avait pas encore touché, la comédie policière, et comme d'habitude il fait montre d'une maîtrise désarmante, à croire qu'il n'a fait que ça toute sa vie.

Il n'y a que Stanley Kubrick pour passer avec une telle souplesse d'un genre à l'autre et de s'y révéler un maître incontestable.

Bien sur, c'est un malin, il s'arrange pour que ça se remarque, ne serait-ce qu'avec un casting de prestige qui déciderait plus d'un cinéphile récalcitrant. Voyez plutôt : après Tom Cruise, c'est au tour de Leonardo DiCaprio d'être la star du jour, entourée de (excusez du peu) Tom Hanks, de Christopher Walken et de Martin Sheen. Tous ont l'élégance de ne pas chercher à tirer la couverture sur eux tout en restant égal à eux-même, c'est-à-dire parfaits.

La présence à cette distribution de la cocoricoquette Nathalie Baye est l'occasion pour le réalisateur de rappeler une nouvelle fois qu'il aime la France et son cinéma. Pourquoi une française me direz-vous ? Tout simplement parce que la mère du véritable Abagnale est elle-même française. Elle est ainsi la seconde interprète de renom –après François Truffaut- à figurer à la filmographie de l'enfant-chéri d'Hollywood, de quoi faire des envieux.

Notons au passage que Spielberg a tout de même essuyé à deux reprise le refus –poli- de Lino Ventura pressenti pour interpréter le rôle du scientifique de "Rencontre Du 3ème Type" (rôle finalement tenu par Truffaut), et pour celui de Bellock pour "Les Aventuriers De l'Arche Perdue"… Allez savoir pourquoi ! 

Ainsi entouré, Spielberg part gagnant mais il lui reste encore à demeurer à la hauteur de sa réputation, ce qui est sans doute la tache la plus ardue.

Etre à chaque film attendu au tournant pourrait en épuiser plus d'un, pourtant Spielberg avec son allure de premier de la classe perdu chez les bad boys a vite fait de claquer le beignet aux plus sceptiques.

En mettant en œuvre tout son métier, son art du découpage, son inépuisable faculté à créer des mouvements de caméras proprement hallucinants, sa science du montage (en particulier du montage alterné), il demeure l'un des film-makers les plus géniaux de tous les temps.

Ce qui agace, c'est qu'il semble faire tout ça sans effort, qu'il travellingue comme il respire. Bien sur, c'est faux on ne parvient pas à un tel niveau en jouant à la marelle, il faut bien reconnaître que ce type mérite sa première place à Hollywood.

Le sujet est léger, c'est un film ludique, ce qui lui permet de s'en donner à cœur joie et, on l'oublie trop souvent, d'user de l' humour particulier qui est le sien, un humour taquin et farceur qui joue avec nos nerfs, comme Abagnale se joue du monde et comme avec Abagnale, on le lui pardonne car il est le seul à le faire avec autant de charme, de panache et de classe. 

Bref, quand Spielberg s'amuse, ça fait plaisir à voir. "Arrête-moi si tu peux" nous montre un Spielberg au meilleur de sa forme, ce qui réjouit tous les aventuriers qui veulent entendre claquer le fouet. Patience, patience… 

Auteur :Pierre Lucas
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