18 septembre 2020
Archives Critiques

Arsène Lupin : Escroquerie !

 COUP DE GUEULE !

Il fallait oser, il l'a fait ! (Heureusement le ridicule n'a jamais tué personne...) Jean-Paul Salomé, ça vous dit quelque chose ? Non ? "Belphégor", vous situez mieux ? Ca y est, vous y êtes ? Vous savez donc où vous mettez les pieds. Vous piaffez d'impatience, hein ? Comme je vous comprends ! Je vous entends déjà quémander le programme de ce spectacle éblouissant par son clinquant.

Par contre, il va falloir faire preuve d'un peu d'imagination pour vous représenter la chose (je me mets à votre place, si on m'avait raconté une histoire pareille, je n'y aurai pas cru !). Imaginez donc, un Arsène Lupin version customisée, capable de faire en une journée ce que nous ne serions pas capables de faire en une année, capable de mettre la main sur un trésor enfoui dans un piton rocheux en pleine mer sans bateau et sans recevoir ne serait-ce qu'une goutte d'eau sur ses vêtements !

Et dans la peau de ce Arsène Lupin : Romain Duris qui, sûrement flatté d'incarner un tel héros, sur-joue, cabotine, confond élégance et prétention, manières de gentleman et séduction à 2 balles, etc. Il flotte dans le « costume » de ce personnage légendaire, bien trop grand pour lui.Imaginez ce héros, censé être la classe incarnée , se déplacer à folle allure, dans une aventure aux péripéties extraordinaires : en proie à une femme qui a traversé les siècles grâce à la formule de l'éternelle jeunesse, en proie à un père qui s'est joué de ses adversaires grâce à la chirurgie plastico-esthétique, mais aussi à la recherche du trésor des rois de France convoité dans l'ombre par une confrérie de pseudo-religieux qui masquent leurs malsaines intentions derrière leurs costumes de pingouins, etc. Rien que ça ! Vous me suivez toujours ? Donc je continue.

Dans cette aventure flirtant à la frontière du récit historique, du film fantastique, de l'épopée romanesque, de la lutte de pouvoir et de séduction (si si, tout ça en même temps), vous allez pouvoir suivre non pas une mais trois générations de Lupin sur un fond musical à la Batman, et assister à tous les trucages possibles et imaginables en direct (car je vous garantis qu'on les voit même si on est myope comme une taupe !).

Enfin, vous découvrirez le goût prononcé de Jean-Paul Salomé pour la mise en scène cliché, pour les chausse-trappes qui sonnent faux à 2000 km à la ronde, mais surtout son obsession pour les fenêtres qui se brisent en mille éclats : vous pouvez toujours vous amuser à les compter, ça fait passer le temps. Quoique j'aie mieux à vous proposer : cherchez les anomalies, anachronismes et invraisemblances dont "Arsène Lupin" est truffé ! (croyez-moi le temps passe plus vite quand on s'occupe !). Je sais, vous avez du mal à croire que tout ce que j'écris arrive dans un seul et même film.

Et pourtant, vous êtes en face de la version down d'un héros qui n'a rien d'un gentleman et tout d'un tocard, d'un héros qui brille comme un diamant de pacotille dans le miroir numérique aux alouettes d'un scénario qui est tellement tiré par les cheveux qu'il finit par ressembler à une énorme fumisterie. Maintenant, si vous avez deux heures à perdre, si vous avez 7 euros à jeter par les fenêtres et si vous aimez tout ce qui brille même si c'est du toc, alors courez vite vous repaître de ce mirifique chef d'œuvre à la française, d'autant que cette action témoignera de l'immense générosité de votre cœur charitable. Comment ? Vous ne saviez pas qu'une partie du prix de votre place allait tout droit remplir les poches de TF1, M6 et TPS qui co-produisent le film ?! (vous comprenez maintenant pourquoi la chaîne recommande chaudement le film...).

Bref, si vous allez quand même voir "Arsène Lupin" et que vous ressortez de la salle avec la désagréable sensation de vous être fait plumer par un escroc de bas étage, c'est que vous vous êtes laissés éblouir par l'éclat et le faux-brillant dont le dieu télé, qui passe pour le détenteur de la vérité, a auréolé le film.

Auteure :Nathalie Debavelaere
Tous nos contenus sur "Arsène Lupin " Toutes les critiques de "Nathalie Debavelaere"

ça peut vous interesser

La Daronne : Plaisant mais maladroit

Rédaction

De Gaulle : Gagnez vos DVD !

Rédaction

Avant-première : Poly

Rédaction