Critiques

Assassination Nation : Hack and revenge

La critique du film Assassination Nation

Par Peter Hooper

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Bande de filles en pleine action.

Conte de faits, Légende urbaine ou fake news ? Les plans séquences introductifs, filmés au ralenti et balayant à hauteur de portière une banlieue étasunienne middle class, accompagnés en off par la narration de Lillian Colson (Odessa Young), entretiennent le doute.

Il est alors aussi facile d’imaginer une adaptation moderne de la tristement célèbre chasse aux sorcières du Massachusetts au 17° siècle avec cette histoire qui « raconte comment Salem ma ville natale a complètement perdu la tête… qu’une ville de banlieue au complet pète les plombs au point de vouloir tuer quatre adolescentes….» que d’être intrigué par son ambiance. 

Cette dernière est digne de "The Purge" avec ces citadins déambulant avec leurs étranges masques. Un trouble qui va encore plus s’épaissir avec ces mots aux parfums souffreteux (viol, homophobie, transphobie, sexisme, meurtre, torture, violence, carnage, enlèvement) illustrant des flashs annonciateurs d’un spectacle au ton volontiers ordurier.

J’étais a deux doigts de me pincer, histoire de vérifier que je n’avais pas introduit dans mon magnétoscope en rentrant du lycée une énième VHS foutraque passée aux rayons B du vidéo club de mon quartier... Avant que les images suivantes ne me ramènent a la réalité d’une salle de multiplexe en 2018.

Un quart d’heure pendant lequel cet "Assassination Nation" bascule radicalement dans une dimension "Projet X" , ces « fameux » teen movie aux codes excluants de Sex drug and Social network. Le tout sur un montage dynamisé par un score hurlant et à grands renforts de split-screen.

Malgré la frénésie ambiante, l’élan prometteur est freiné par l’esthétique très soft de la narratrice Lily accompagnée par ses trois amies, Sarah (Suki Waterhouse), Bex (Hari Nef) et Em (Abra), jouant à touche pipi avec les étalons du bahut, entre pianotage de smart phones et substances prohibées.

Pendant que les jeunes s’éclatent, la toile diffuse des images capturées sur tous les comptes privées du maire de la ville, dont les contenus humiliants pour son image le pousseront à se mettre une balle dans la tête plutôt que d’affronter le poids du scandale.

Sam Levinson vient de mettre en place une pièce essentielle de son intrigue. Car si l’on baigne encore dans le climat d’un Bis 2.0, la deuxième moitié du métrage bascule dans une toute autre dimension. A partir précisément du moment où la jeune Lily est à son tour victime du hacker.

Un tapage viral qui va l’ériger en statut de victime expiatoire, jetée en pâture à une horde de mâles en furie prête à punir la gamine pour ces comportements jugés trop transgressifs. Ces hommes (adeptes de l’auto-justice citoyenne) symbolisent une Amérique frappée de paranoïa puritaine. La même qui envoya au bûcher ces femmes accusées de sorcellerie. C’était il y presque quatre cent ans, à Salem…

De là à penser que le réalisateur abat sur la table les atouts majeurs de la fable satirique il n’y a qu’un pas que nous allons franchir dans nos peaux de vieux voyeurs transformés pour l’occase en d’jeuns followers.

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Assassination Nation.

La horde sauvage va assiéger la demeure de Em où Lily et ses amies se sont réfugiées. Pour un home invasion d’une violence inespérée après la relative sagesse de la première partie. Un assaut orchestré par de superbes plans séquences filmés depuis l’extérieur à travers les nombreuses baies vitrées de la maison, histoire de faire monter la pression jusqu’à l’affrontement.

De sage réalisateur de néo mainstream, Levinson va alors se muer en cinéaste stimulant et transformer sa gentille blague de potaches en hommage au cinéma d’exploitation, chorégraphiant ses scènes de bagarres à la manière d’un certain Quentin Tarantino.

Comme lui, il se réfère à la grammaire cinématographique du Grindhouse, en simplifiant la mise en scène au profit d’une ultra-violence sans d’autres ambitions que de faire du bon gros gun fight qui tâche. Ce contre-pied, digne de "Reservoir Dog", est aussi sec qu’hardcore. Il trouvera une filiale confirmation dans un épilogue jouissif où les quatre filles joueront aux vengeresses en mode gilets rouges (…) ultra proactives.

Une riposte qui, dans sa démarche d’insoumission, n’est pas sans rappeler celle des quatre héroïnes castratrices de "Boulevard de la mort", punissant le mâle psychopathe iconisé par Kurt Russell.

Histoire d’authentifier un peu plus les emprunts stylistiques, l’excellente bande-son contribue à faire de l’ensemble un objet filmique difficilement identifiable, sauf à tendre l’oreille et de reconnaître les notes du « Violenza inattesa » d' Ennio Morricone !

Un jeu de massacre sur fond de message féministe pas des plus finauds, avec lequel "Assassination Nation" cultive le paradoxe d’être un brûlot contestataire sur une Amérique bien campée dans ses postures conservatrices et puissamment rivée à ses valeurs puritaines. Mais dans le pays qui a inventé le Social network et ses débordements, avec un président serial tweeter, et aux armes en libre circulation…

Toutefois, on pardonnera sa schizophrénie trop premier degré pour n’être autre chose qu’un pur divertissement. Le prétexte pour Sam Levinson de livrer la bobine la plus généreuse et la plus jouissive de l’année arrivée directement en salle.

Et si vous vous entêtez à trouver une morale à cette histoire complètement barrée, vous la trouverez peut-être, lorsque le flic demande : « s'il y a des accusations de cyber-terrorisme, de meurtres, de violation de la vie privée. La sanction de la prison à vie est inévitable… Pourquoi tu ferais des choses comme ça ?! » dans la réponse du gamin Hacker responsable de ce carnage : « Je sais pas. Pour des LOL ? ».

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