31 octobre 2020
Archives Critiques

Astérix et Obélix : Au service de Sa Majesté : La critique

Pour cette nouvelle fiesta à beaux chèques, "Astérix et Obélix : Au service de sa Majesté", nos irréductibles gaulois s'en vont en Bretagne, comprenez bien sûr la Grande-Bretagne et tout l'héritage culturel que cela comporte. Si, par exemple, Paul WS Anderson a violemment souiller notre littérature avec "Les Trois Mousquetaires", c'est sous l'étiquette Astérix et Obélix, fierté de nos BD nationales, que des français font se faire le plaisir d'en faire de même outre-Manche.

Prenant comme prétexte l'humour, il a beau dos l'humour, ce bulldozer pour box-office caricature la culture anglaise et en même temps déshonore les deux bandes-dessinées qui ont inspiré le film, Astérix chez les Bretons et Astérix et les Normands. Le tout dans un mauvais goût visiblement assumé. Et dire qu'un malin producteur a refusé la proposition du duo Toledano / Nakache (avec Barratier à la réalisation) sur Le Tour de Gaule. La blague est visiblement là. Ce que la promotion de "Astérix et Obélix : au service de sa Majesté" laissait entendre question mauvais goût (rappelez cette ignoble affiche en clin d'œil aux Beatles…), le film le confirme dans un format plus long d'1h45.

Dans la lignée de "Astérix aux Jeux Olympiques", où Astérix et sa clique se fourvoyaient dans l'horreur humoristique, "Astérix et Obélix : au service de sa Majesté" débute comme son nom l'indique par un générique hommage à James Bond. L'intérêt : aucun. Si ce n'est pour désarmer son spectateur qui, espérons-le, n'est pas un fin adorateur des BD.

Techniquement, on pouvait espérer quelque chose qui surpasse, en même temps est-ce bien difficile, la narration lancinante qui repousse un twist couru d'avance. Laurent Tirard aux manettes, le même qui séduisait le public, soyons honnêtes, avec "Le Petit Nicolas", épaulé pour le relief par le directeur de la photographie Alain Derobe (qui a travaillé sur "Pina", notamment).

Et pourtant ! "Astérix et Obélix : au service de sa Majesté" est une immense faute de goût. Ainsi, après avoir réuni le gratin du cinéma populaire français autour de 60 millions d'euros de budget, "Astérix et Obélix : au service de sa Majesté" s'avère un lent naufrage. Physique d'abord, où l'hommage rendu à Uderzo et Goscinny est totalement absent, où le sens du détail de Londinium est en totale contradiction avec l'animation numérique des décors normands. Thématique ensuite, lorsque Tirard et Vigneron essaient de surfer sur l'actualité avec une parabole de l'immigration qui ne fait rire personne tant elle apparaît poussive.

Derrière ces bonnes idées mal exploitées, on tente de faire naître une compassion, en surlignant la relation amicale entretenue par Obélix (campé pour 4ème fois par Depardieu) et Astérix (Edouard Baer, qui transpose sa prestation en scribe dans "Mission Cléopâtre" en guerrier franc du collier à la recherche de l'amour). Au départ, une bonne idée, jouer sur la prétendue homosexualité des deux, pour finir sur des mièvreries dispensables. Et si c'était le seul et unique problème ! Le mauvais goût, on le pousse loin, jusque dans la musique où Klaus Badelt semble manquer d'inspiration au point de lorgner dans les compos d'Hans Zimmer façon "Le Roi Arthur". Saupoudrez tout cela par la prestation inutile des BB Brunes, et on approche de l'attentat auditif.

Fort heureusement, certains choix permettent à ce quatrième volet d'être au-dessus de son prédécesseur, mais loin de "Mission Cléopâtre" où Chabat faisait vraiment de l'humour, tels que Guillaume Gallienne dans la peau d'un Jolitorax fort efficace question accent et Vincent Lacoste, employé pour faire le beau gosse et qui finalement séduit par cette nonchalance bienvenue. Même Fabrice Luchini dans la peau d'un César névrosé, pourrait presque séduire, tant il surpasse le mégalo Delon. Cela reste néanmoins, une bien maigre consolation face à l'ampleur d'une comédie populaire qui manque à ses objectifs et offre un piètre hommage en prime.

Auteur :Christopher Ramoné
Tous nos contenus sur "Astérix et Obélix : au service de Sa Majesté" Toutes les critiques de "Christopher Ramoné"

ça peut vous interesser

Jean-Paul Rappeneau : La rencontre

Rédaction

Valérie Lemercier est Aline

Rédaction

La femme d’à côté : En bluray

Rédaction