28 février 2020
Critiques

Atomic Blonde : C’est l’histoire d’une blonde…

Avec son titre qui évoque le meilleur de la filmo de Pamela Anderson dans les 90's et une Charlize Theron en pole position sur la ligne des bad ass chick depuis sa transformation dans "Mad Max Fury Road", on aurait pu croire qu'"Atomic Blonde" jouerait la carte de la simplicité. Qu'il assumerait son statut de série B nerveuse qui fait du gringue au spectateur avec ses promesses de bottages de culs à foison et une Theron en mode full Furiosa pour achever d'assaisonner la sauce.

Disons-le tout net: "Atomic Blonde" n'est rien de tout ça.  A l'instar de "John Wick", son précédent film qu'il avait co-réalisé avec Chad Stahelski (parti s'occuper en solo de la suite), David Leich récidive dans le high-concept qui avance sous le masque de la simplicité pour mieux berner le public avec des afféteries qui ne seraient pas autant déplacées si elles ne faisaient pas mentir les promesses formulées.

"Atomic Blonde" dépasse même en fumisterie la gentille imposture qui essayait de nous vendre Keanu Reeves en ultimate bad ass adepte du headshot sur du mafieux russe complaisant.

Aussi chétif était-il dans sa volonté de développer un univers sur un prétexte scénaristique de moyen-métrage, "John Wick" avait au moins le mérite de ne jamais regarder de haut les attentes qu'il faisait naître chez son spectateur. Chose dont ne peut définitivement pas se targuer "Atomic Blonde".

Visiblement anxieux à l'idée de ne pas être pris au sérieux en tant que « vrai film », David Leich multiplie les signaux de reconnaissance culturelle qui contredisent sa proposition initiale. Jusque dans une intrigue qui semble tout faire pour rester incompréhensible au spectateur, diluant l'intelligibilité de ses enjeux dans une mélasse narrative indigeste au point de ne plus savoir de quoi il parle.

Leich aggrave son cas en nous suggérant le plus sérieusement du monde (même en brisant le quatrième mur) que tout ça, c'est fait exprès, parce que l'espionnage c'est compliqué « et que dans ce monde de faux comment reconnaître le vrai, le bien est-il l'ennemi du mal ou son voisin de palier, est-ce que c'est parce que je pense que je suis, ou je suis parce que je pense ? ».

On rigole, mais le chose ne serait pas dramatique en soit (péter plus haut que son cul, c'est pas bien grave tant que ça sent pas trop fort) si esthétiquement le film ne se faisait l'écho de cette volonté de « faire cinéma ».

Avec ses poses arty à la NWR qui dégueule son maniérisme de publicité pour parfum dès que l'occasion se présente, le film encourage son public à adopter une position qui tient plus de l'art contemporain que du cinéma à proprement parler (soit observer plutôt que s'immerger).

Totalement au diapason, Charlize Theron passe son temps à avoir conscience d'être regardée (gênant pour une espionne internationale), surjouant chaque amorce de séquences comme s'il s'agissait d'une publicité Christian Dior.

Déjà passablement irritant, "Atomic Blonde" achève son cas lorsque le sens aggravé de la posture de l'ensemble se déploie jusque dans son principal argument de vente, à savoir ses scènes d'actions.

On retient notamment ce plan-séquence de 10 minutes techniquement impressionnant, mais qui perd absolument toutes raisons d'être au bout de 5 minutes tant son absence de logique organique ramène l'ensemble vers la performance ostentatoire.

Comme si Leich, faute de savoir où couper, laissait tourner le moniteur en espérant noyer le poisson sous le poids de la démonstration. De fait, surligner ses effets au stabilo ne s'est jamais substitué au sens élémentaire du découpage.

Ce qui résume assez bien "Atomic Blonde", le film qui noie son hamburger sous les condiments dans l'espoir de faire oublier la minceur du steak. 

Auteur :Guillaume Méral
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