16 octobre 2021
Critiques

Atomic Blonde : Poseur et inepte ?

Avec "Atomic Blonde" (distribué par Universal), au bout de seulement quelques minutes, on sait déjà ce qui va sérieusement nous courir sur le haricot pendant l'heure quarante-huit qui va suivre, à savoir l'abus de poses prévalant sur ce qui est raconté. Tyler Bates avait déjà travaillé sur les deux premiers "Gardiens De La Galaxie" et sa partition pour "Atomic Blonde" partage avec ses deux faits d'armes antérieurs un goût immodéré pour l'utilisation de chansons qui renvoient le spectateur trois décennies en arrière. Petite nuance tout de même : dans le cas de "Atomic Blonde", ce sera à plusieurs reprises deux décennies en arrière puisque le long-métrage utilise la chute du mur de Berlin comme l'un des pivots de son intrigue, événement historique portant en lui la transition entre les années 1980 et les années 1990. Bref, les partitions déjà connues prévalent une fois de plus sur les compositions originales mais ce n'est en rien rédhibitoire à ce que leur utilisation présente un tant soit peu de pertinence.

Pour les musiques de La Blonde Atomique, à part pour accompagner son époque et nous essayer de nous faire comprendre des trucs qu'on a déjà compris, elles ne représentent pas un outil narratif défendable. Et comme on connait tous trop bien Major Tom et 99 Luftballons, l'absence d'identité écœure le spectateur qui ne connaît que trop bien les chansons du film. C'est encore plus insupportablement poseur lorsqu'on en pousse le volume sur des scènes de violence pour que ça soit trop cool et pop et transgressif tac tac t'as vu.

Visuellement, c'est un peu en dents-de-scie puisque le film alterne la sophistication avec la platitude. Le chef opérateur Jonathan Sela s'est tellement donné sur le travail de l'image et de la lumière avec ces plages de couleurs unies qui peuvent soit recouvrir complètement l'image ou en délimiter des espaces précis au sein d'un même cadre qu'on devrait vanter son travail sans nuance. Hélas, dans les scènes londoniennes et berlinoises diurnes, y a plus que du gris béton bien morose partout. C'est un peu comme si on passait dans le même film d'un plan sur lequel a œuvré Roger Deakins (il est revenu bosser avec "Dieu-nis" Villeneuve sur "Blade Runner 2049", youpi !) à un autre où c'est le chef-opérateur de "Deadpool" (d'ailleurs, Leitch est en train de tourner le 2) qui a pris le relais.

Sur le plan de l'action, la partie qui est censée représenter le principal atout d'une telle oeuvre, là où David Leitch est censé envoyer le bois, on peut trouver à redire. Dans l'ensemble, la bagarre fait quand même assez mal : il y a indiscutablement des chorégraphes qui ont bossé derrière, le son rend justice à la violence des impacts, les plans durent et les cadrages sont suffisamment étudiés pour s'imposer comme évidents. Ça, cela vaut pour les trois premières scènes d'action. Elles sont bonnes mais elles sont un peu courtes et la mise en scène d'une partie de l'une d'entre elles ne tire pas pleinement la sève de ce qui aurait pu être un combat à mains nues d'ombres chinoises derrière un écran de cinéma en train de projeter "Stalker" de Andreï Tarkovski.

Après, bien après, on a le morceau de bravoure de "Atomic Blonde", à savoir une scène d'action en plan-séquence. C'est vrai que ce n'est pas très original de faire plus d'une minute d'action sans jamais changer de plan, c'est vrai que même des séries comme "Daredevil" et "True Detective" (des séries qui ambitionnent de rivaliser avec le cinéma néanmoins) le font mais c'est un plan-séquence tellement riche qu'il dépasse tous ces petits pinaillages. Premièrement, contrairement aux scènes d'action précédentes, aucune musique ne vient esthétiser les échanges de coups. Là, c'est que de la chorégraphie et c'est du brutal parce que même si ça frappait fort jusqu'ici, ça ne blessait presque pas et ça ne versait quasiment pas une goutte de sang. Dans "Atomic Blonde", chaque coup porté fait des dégâts et comme c'est constamment cadré à hauteur d'Homme, l'investissement du spectateur est bien plus sérieux que précédemment. D'ailleurs, c'est à peu près le seul moment où on voit comment se sont formées ces méchantes ecchymoses, comme si tout le danger qui aurait dû irriguer le film de long en large s'était concentré dans cette seule scène mais on reviendra là-dessus plus tard.

Mis à part son sérieux et sa violence douloureuse qui contrastent avec un long-métrage qui précédemment ne cherchait qu'à produire du cool assez léger, ce qui permet à ce plan-séquence de se démarquer de la concurrence, c'est sa durée. Ce ne sont pas deux ou trois minutes d'images jamais perturbées par une coupe mais bien une dizaine de minutes, peut-être un quart d'heure ou presque, qui sont occupés par ce plan. On sent la longueur de la scène mais jamais elle n'ennuie le spectateur tant elle est bien rythmée : mouvements de la caméra, alternance du principal personnage dans le cadre, variation des lieux et de l'action... Il est juste dommage qu'on puisse trouver à redire sur la meilleure scène du film puisqu'on fait revenir ( de manière intradiégétique donc ça aurait pu être pire ) la musique avant la fin de la scène et que le plan-séquence s'arrête avant la toute fin de l'action. Il n'empêche que après ça, le combat final allait forcément faire pitié et même sans avoir à exister à côté d'une dizaine de minutes où tout le monde donnait toute sa race, il aurait quand même été tout pourri puisqu'il ne doit pas dépasser deux minutes et être complètement délavé de tout son impact car il doit être composé d'au moins quatre plans au ralenti sur cinq. C'est comme si tu servais du ris de veau aux truffes en plat principal et un Flamby en dessert.

En parlant du combat final qui tiendrait plus de l'épilogue que d'autre chose, non seulement il oblige le scénario à faire disparaître en trois jours presque toutes les ecchymoses du personnage principal mais c'est en plus la scène où Lorraine Broughton est le moins en difficulté alors que ça devrait être le seul moment où sa vie est en danger. Car oui, tout ce qui se passe à Berlin, Lorraine Broughton le raconte à son supérieur direct au MI6 et à un membre de la CIA donc la tension et le risque qui sont des éléments dont la maîtrise est importante à la réussite d'un film d'action et d'espionnage se retrouvent avortés avant d'avoir atteint ne serait-ce que le stade embryonnaire. Il y aurait pu y avoir une mécanique intéressante autour de la formation des ecchymoses mais comme dit plus haut, son corps n'est mis à l'épreuve qu'au cours d'une scène. Le scénario en lui-même est une énième chasse à la liste d'agents infiltrés dont il faut empêcher la fuite, une chasse ultra-confuse et un brin ennuyeuse en compagnie de personnages assez rachitiques. James McAvoy est toujours rigolo et investi quand il joue fiévreusement le personnage ébranlé mais Theron se contente d'habiter une figurine d'action sans caractère marqué. Du coup, sa relation avec le personnage de Sofia Boutella, étrangement décevante ou mal dirigée lorsqu'elle ne peut se reposer que sur son texte sans pouvoir jouer de ses mouvements pour nourrir sa performance, n'apparaît que comme une vaine tentative de faire plaisir au plus grand nombre avec de la romance lesbienne avec des scènes ( assez pudiques ) au lit dedans.

"Atomic Blonde", c'est un film qui veut absolument être cool mais essaie directement de réussir la dernière étape sans daigner réaliser les efforts qui lui permettront de construire les bases solides qui lui permettront d'y accéder. L'action est dans l'ensemble assez recherchée pour procurer un minimum de sensations et la photographie est parfois agréable pour la rétine, mais cela ne permet pas de surmonter un fond inepte et une attitude globale poseuse très désagréable.

Auteur :Rayane Mezioud
Tous nos contenus sur "Atomic Blonde" Toutes les critiques de "Rayane Mezioud"

ça peut vous interesser

Mourir peut attendre : Diviser pour mieux régner

Rédaction

Stillwater : Des apparences parfois trompeuses

Rédaction

James Bond prépare son retour

Rédaction