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Atomik Circus, le retour de James Bataille : Critique du film

Issus du monde de la BD et réalisateurs de pub, les frères Poiraud possèdent un indéniable savoir-faire technique et une vision bien arrêtée en matière d'esthétique.

Une fois passé l'alléchant prologue, où une voix-off gainsbourienne surgie de nulle part nous invite à célébrer les amours de James & Concia, une belle lumière irréelle plonge dans une ambiance pré-apocalyptique Skotlett, village à l'exotisme miteux dont il n'est pas exagéré de dire qu'il est un des plus bels exemples de trou du cul du monde que le cinéma nous ait donné à voir.

Le soin apporté à l'image tout au long du film tranche avec la ringardise des lieux et contraste avec la minceur de l'intrigue pourtant écrit à 5 fois 2 mains.

Pour résumer "Atomik Circus" (tâche ô combien ardue sur laquelle les comédiens eux-mêmes se sont cassés les dents pendant la promo), on pourrait dire qu'il s'agit de l'histoire agitée d'un micro-crochet dont le déroulement, après avoir été une première fois perturbé par un aventurier maladroit amoureux de la belle du village, est sourdement menacé par l'arrivée imminente d'une escadre d'obscures pieuvres volantes secondée par des étoiles de mer incommodantes.

A partir de cette improbable histoire, le scénario, un peu paresseux, se contente d'additionner situations, dialogues et personnages forcément barjos. Et ce tout en piochant allégrement dans la culture cinématographique et télévisuelle américaine, celle qui n'hésite pas à planter le décor dans les endroits les plus reculés pour mettre en scène une Amérique à la marge.

Pas étonnant dès lors d'y croiser chien chantant, mariachis teutons, mère-grand empaillée et vieux prophète rital. La mixture est loin d'être indigeste, il lui manque juste un peu de liant.

Cette faiblesse est compensée par une bande originale grandiose composée par les Little Rabbits, groupe nantais dont les précédentes productions faites en partie de monologues parlés et de bidouillages sonores fleuraient déjà la musique de film.

Les rock musclé, blues jazzy, slow torride et cha-cha-cha qu'ils revisitent collent à merveille au film des Poiraud avec lesquels ils partagent le goût du recyclage réussi et du mélange décomplexé des genres.

Dans ce grand foutoir, Benoît Poelvoorde s'éclate - sans il est vrai réellement étendre sa panoplie de salauds superbes, Marielle exulte et Paradis rayonne déployant des talents vocaux jusqu'ici peu exploités et visiblement ravie d'avoir retrouvé le chemin des studios (qu'elle n'est pas prête de quitter, 3 autres films étant en préparation).

Quant à James Bataille, héros doué pour le désordre, les frères Poiraud ne s'y intéressent pas plus que ça. Mais ont au moins ont la bonne idée de ne pas en faire un énième sauveur de l'humanité ni de transformer un débarquement d'aliens en un tract pour un retour à la foi.

Bel objet curieux, bâtard et incontrôlable sortie de l'imagination de deux cinéphages en roue libre, "Atomik Circus" sonne comme un hommage - mais sans emphase - aux films de genre, toutes séries confondues (romance, science-fiction, comédie musicale, gore).

Le seul but de ses géniteurs était de communiquer le plaisir que la vision de ce type de films leur a procuré. Mission accomplie : c'est précisément cet appétit délibérément affiché pour le cinéma en général et la déconne en particulier qui rend "Atomik Circus" éminemment sympathique.

Auteur :Jean-François Paré

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