25 juillet 2021
Critiques

Attila Marcel : Belle surprise

Pour son premier long métrage non animé, "Attila Marcel" (distribué par Pathé Distribution), Sylvain Chomet choisi de nous raconter l'histoire de Paul, jeune homme muet depuis la mort de ses parents, qui vit avec ses deux tantes passionnées de danse et qui plaquent sur lui leurs ambitions. Virtuose du piano, Paul n'est pourtant pas comblé, prisonnier du cocon qu'ont tissé ses tantes autour de lui, il ne cesse de fouiller dans sa mémoire pour y retrouver des fragments d'images de ses parents disparus…

L'histoire est simple, mais c'est sans compter sur la malice avec laquelle Chomet « dessine » ses personnages, caricatures parfois acérées, souvent touchantes mais jamais cruelles, et sur un habile pastiche de comédie musicale qui achève de rendre cette œuvre à mi-chemin entre le drame et la comédie aussi touchante qu'entrainante.

La réussite du film tient en grande partie aux acteurs, Hélène Vincent et Bernadette Lafont jouent les fées carabosses malgré elles, Anne Le Ny cultive un potager au beau milieu d'un appartement parisien, Luis Rego accorde les pianos et évoque avec émotions ses premières érections et Jean Claude Dreyfus gronde tel un ogre le mot qui résume le mieux ce que le film dégage : la lumière ! En tête d'affiche, Guillaume Gouix, la meilleure raison selon de le réalisateur de ne pas faire le film en animation (son regard improbable défie en effet toutes les techniques du monde), tient haute la tête d'affiche, dans le double rôle de Paul, jeune homme filiforme et de son père, Attila Marcel, catcheur à la tignasse de biker.

La galerie de personnages, aussi attachante soit-elle, ne laisse pas oublier que le caractère des personnages, très cartoonesque, s'accorde mal à la prise de vue réelle et que Chomet, qui confesse avoir énormément lissé ses personnages dont la personnalité était encore plus outrée à la base, a fatalement grossi le trait, donnant à sa fable des airs d'"Amélie Poulain" croisée avec "Odette Toulemonde" (le rôle de Madame Proust, prévue au départ pour Yolande Moreau renforce cette idée que l'on se trouve quelque part du côté de Jeunet et Caro).

Mais de tous ces personnages au caractère sur-défini celui qui s'impose, sombre et inquiétant, mystérieux antagoniste, c'est le piano. Monstre de dorures, le piano est un fardeau dont furent victime les tantes castratrices de Paul et dont Paul se retrouve victime lui-même, les deux femmes perpétuant sans le vouloir une sorte de malédiction autour de cet instrument de torture. La noirceur est donc bien présente, comme dans tout conte digne de ce nom, et ce dès l'instant où, après avoir ouvert les rideaux, laissant entrer dans le salon une lumière vive, Hélène Vincent ouvre le piano, masquant du même coup la fenêtre et plongeant la pièce dans la pénombre.

De l'étouffant appartement des tantes jusque sur les plages venteuses du nord en passant par les parcs parisiens, Sylvain Chomet nous emmène sans ennui au sein de son univers décalé et toujours très humain. S'ajoutent à cela une fable agréable et touchante, et un dernier rôle au cinéma sur mesure pour la regrettée Bernadette Lafont et il n'en faut pas plus pour faire de "Attila Marcel" une chaleureuse surprise en ce début d'automne.

Auteur :Gabriel Carton
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