Critiques

Au bout des doigts : Il jouait du piano partout

La critique du film Au bout des doigts

Par Auxence Magerand

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Lambert Wilson, Jules Benchetrit et Kristin Scott Thomas.


"Au Bout des Doigts" décrit l’ascension miraculeuse de Mathieu, un gamin de banlieue pianiste à ses heures perdues (Jules Benchetrit). Repéré dans une gare par le directeur du département musical du Conservatoire de Paris (Lambert Wilson), il se voit offrir l’opportunité de s’exercer avec une professeure sourcilleuse (Kristin Scott-Thomas) et de concourir pour un prix international prestigieux.

"Au Bout des Doigts" est tout bonnement pavé de poncifs indigestes. Au mythe agaçant du musicien inné (aidé par l’emploi outrancier des termes « don » et « génie »), s’ajoutent les stéréotypes – mal écrits – du mentor au cœur d’or, de la professeure exigeante donc sévère, de la petite amie d’un autre milieu social, sans oublier de glisser une actrice du Français au milieu, pour la crédibilité.

L’une des premières scènes du film donne le ton : Mathieu cambriole une maison bourgeoise avec un ami et découvre un piano. Il s’imagine alors interprétant Chopin de façon virtuose, dans une longue exaltation qui l’empêche de remarquer l’arrivée de la police. L’arrestation, absurde, provoque inévitablement un rictus non-désiré.

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Lambert Wilson.

On sent nettement que le film a été conçu et joué par des non-musiciens : la notion triviale d’émotion au centre de la formation musicale; la copine violoncelliste qui mime grossièrement son jeu; l’utilisation d’un vocabulaire technique mal exploité destiné à esbroufer le public. Le tout rehaussé d’une romance fulgurante ridiculement artificielle. Pardonnez l’expression, mais ça sonne souvent faux.

Aucun des acteurs n’est véritablement convaincant dans ce "Will Hunting" dépossédé de toute aspérité. Wilson cabotine, Scott-Thomas suit le mouvement, Benchetrit alterne deux expressions : colère et joie (mais celle-ci est rare). A croire que le réalisateur Ludovic Bernard ne sait pas diriger des comédiens.

On notera au passage que "Au Bout des Doigts", avec son discours qui se résume de la façon suivante : « Quand on veut, on peut », émet le plus lisse et le plus sourd des commentaires sur le déterminisme social.

Finalement, un constat : sur un sujet simple mais fédérateur, Ludovic Bernard livre pourtant une fable dégoulinante de mièvrerie.

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