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Avatar : Cramponnez-vous bien à vos sièges !

La destruction des Indiens d'Amérique ? L'hégémonie et le bras armé de l'économie énergétiques ? La guerre économique ? James Cameron aura sans doute mis autant de temps à briefer ses ingénieurs informatiques, qu'à concocter son scénario. Sorte de « guerre et paix », revisitée dans un monde irréel, "Avatar" est enfin un film commercial qui colle parfaitement au merchandising qui aura précédé sa sortie internationale. Ou plutôt nationale, car doit-on rappeler que c'est la France qui a « l'honneur » d'ouvrir le grand bal du prototype du « film à gros budget » de demain ? Peut-être, car c'est réellement un honneur.

Lorsque les Françaises et Français, les plus chauvins sur leur cinéma, les plus critiques pour le reste, auront lancé le bouche à oreille planétaire, il est bien évident que cela n'influencera jamais les « encore si tendres envers leur histoire » Américains. Ceux-ci ne se suffisent-il pas des campagnes promotionnelles pour se décider à se déplacer en salle ? "Avatar" permet de faire passer des messages nobles, au sein d'un champ d'action totalement irréaliste. Un type de SF d'anticipation, au maximum pourrait-on en juger, pas plus. Car pour nous, l'idée d'une peuplade étrangère à notre galaxie nous fait encore ni chaud ni froid. Par contre, la mise à plat, avec un langage relativement direct voire primaire, de toute une façon de procéder en matière d'impérialisme sans frontières, ça, c'est universel, et cela pourrait devenir, un jour, ou plutôt un millénaire prochain, interplanétaire !

Mais l'anticipation s'arrêtera là. James Cameron regarde plutôt sur nos erreurs...humaines. James Cameron sert sur la table d'une jungle luxuriante, l'auto-procès d'un impérialisme de canonnades. Celui qui tape pour discuter ensuite des concessions. Champ de minerai ? Eradiquer la peuplade qui vit dessus, même si elle ignore que cela à la valeur d'une richesse ? Pourquoi pas tant qu'on a des hommes, des canons et des hélicos pour le faire...

Des acteurs secondaires, disais-je, en « à priori », dans mon annonce de la sortie du film ? A part Weaver et Ribisi, oui, il faut être clair. Le problème aurait pu se poser sur ces acteurs inconnus, quant à leur capacité à parler en monologue avec un fond bleu, non ? Et pourtant... On retrouve l'Amérindien Wes Studi, dans un grand rôle, non ? James Cameron aura mis le temps, les moyens, mais surtout sa sagesse, dans ce film à grandes sensations !

"Avatar" n'est plus tout-à-fait un auto-procès d'outre-atlantique, mais un rappel sur l'ancestralité de l'Homme, un hymne à la nature, aux esprits. Tout ce dont l'Homme avait fait ses premières captures, ses premiers exploits et premiers affranchissements sur ses propres peurs, c'est-à-dire la faune et la flore dont il dépend, sont rendus à l'état de splendeurs. Des lunettes 3D sur le nez et le tour est joué : ravissement pour les yeux, on donne à sentir, on invite à toucher, on incite à se...rappeler. Nous aurions oublié des raisons plus hautes que l'enjeu ou que la satisfaction dans la domination. Il y aurait cette ancestralité qui nourrit l'Homme. James Cameron a alors fait ce qu'il pouvait, avec ses petits bras musclés, pour raconter une histoire en parallèle de la luxuriance d'une forêt, qui rappellera assez vite, un poumon sur terre en proie lui aussi, aux enjeux. Il fait jouer entre ses arbres millénaires, des tribus de singes pas comme les autres qui émerveillent, alors que ce sont des sortes d'hybrides tout simples entre un koala et un paresseux.

Et puis il imprime la peur à notre futur héros : ces espèces de triceratops à tête de requin-marteau sont effrayants ; ce chien géant aux mâchoires de tyrannosaurus rex a quelque chose d'un monstre ! Cet animal mélangeant les attributs du scolopendre et du scorpion, ne participe-t-il pas, lui aussi à une certaine férocité envers l'Homme ?! Non, "Avatar" est entièrement placé dans un champ de compréhension à deux dimensions : l'être et le paraître, le corps et l'esprit, la puissance physique et la divinité. Et c'est dans ce grand champs à l'apparence manichéenne, qu'il rend primaires les hommes, tout en rendant humbles et grands ces êtres qui risquent d'être délogés.

A peine James Cameron aura terminé son heure de mise en place du sujet, qu'il tissera celui-ci depuis la tangente du bienfondé de l'entreprise humaine jusqu'à la diagonale du vide qui mène à la mort, celle d'une ambition maladroite ou tout simplement mal placée. A un intérêt entièrement placé sur la richesse, répondra le puissant écho d'une nature sauvant son insoumission et en rébellion éclairée contre les occupants.

Cramponnez-vous bien à vos sièges ! Avec le rappel que si un héroïsme peut fédérer des rebelles, pour défendre ce qu'ils estiment être non plus leur bon droit, mais leur avenir pur et simple, il y a chez des êtres restés au contact de la nature, une raison peut-être bien plus haute que toute la Raison de l'Homme. Il y a la divinisation de l'Etre et de son habitat nourricier. Si on relèvera la puissance cinématographique de la séquence de dénouement final, qui oppose la bête colossale mais domptée, à une machine qui prolonge et décuple le muscle humain et son cerveau, on se dira aussi qu'au-delà de la force du combat proposé, s'élève puissamment l'idée que l'ancestralité de l'Homme n'a jamais été d'être plus fort que l'Autre, mais d'apprendre d'une opposition pour trouver, à plusieurs, l'harmonie.

Ce qui est bizarre, c'est qu'en ce moment, au sommet écologique de Copenhague, derrière les belles paroles, aucun compromis n'est trouvé. Sans doute une question d'accord sur les enjeux, ou d'harmonie. Pourtant, si l'Homme savait au moins se rappeler ce qu'est un bonheur simple... Pour Wes Studi, un acteur amérindien qui avait combattu au Vietnam avec les GI's, et joué depuis les rôles forts de "Geronimo" (1993, de Walter Hill) ou Pawnee ("Danse avec les Loups"), se retrouver à endosser le rôle du prétendant au statut de chef de tribu, Eytukan, avait quelque chose d'un Magua ("Le Dernier des Mohicans" – 1992), non ? Le rôle de l'indigène qui au contact du colonisateur, découvre la peur, la guerre et la haine.

Le grand rôle, au sein d'Avatar, James Cameron l'a finalement confié à la bonne personne, l'anonyme au milieu d'une forêt qui pleure ses arbres, où les oiseaux chantent l'espoir. Alors qu'au demeurant, Wes Studi a cessé d'être un acteur mineur dès lors qu'il participe aux allusions de près ou de loin, au chant du cygne de l'homme moderne. Mea culpa sur mon à priori sur le casting d'abord, et félicitations pour cette ode, nourrie et agréable à voir, donnée par James Cameron à cette réalité qu'est Dame Nature. Ce réalisateur suit d'ailleurs sa grande veine porteuse, celle de la « machine qui n'est pas l'avenir de l'Homme ». Sauf que cette fois-ci, la sagesse aidant, il positive, en s'adossant sur les vertus que la Nature donne en héritage aux hommes qui la respectent. Les hordes enragées d'animaux rappellent en effet au colonisateur, en fin d'auto-procès, combien une utopie est vite balayée dès lors qu'on y croit pour de mauvaises raisons.
Auteur :Frédéric Coulon
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