20 juillet 2019
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Avatar : Pas emballant !

Qu'on me permette, exceptionnellement, d'écrire cette critique à la première personne, ce qu'habituellement je me refuse à faire par principe. Il se trouve que j'ai vu "Avatar" ce vendredi, à l'occasion d'une sortie scolaire organisée pour les élèves du collège où j'enseigne. Une centaine d'élèves et une dizaine d'adultes ont vaillamment défié la neige pour se rendre à pied dans le cinéma le plus proche, qui proposait une projection matinale du film de James Cameron. En VF (gloups). Et en 2D (re-gloups). Soit les conditions idéales pour passer à côté de cette oeuvre extrêmement attendue par beaucoup et portée par une campagne promotionnelle pas loin d'être inédite.

Aux élèves qui me demandaient, à la sortie de la salle, si j'avais aimé "Avatar", ma réponse fut : « moui ». Pas étonnant de ma part, diront les médisants personnages qui me connaissent trop bien. Oui, mais voici qu'arrive la question suivante : le film m'aurait-il transcendé davantage si je l'avais vu dans des conditions plus optimales, c'est-à-dire avec de bonnes lunettes 3D sur le nez et une version originale sous-titrée ? Franchement ? Non. Ou alors à peine. Dans la mesure où "Avatar" est avant tout un gigantesque défi technique que James Cameron relève haut la main, il semble assez évident qu'une projection 3D est plus qu'essentielle pour apprécier toute la saveur d'un tel rendez-vous en terre inconnue.

Voir le film en 2D est d'ailleurs une expérience rare, puisqu'on ne cesse d'imaginer par quels aspects cette technique décidément très en vogue doit enrichir la mise en scène. C'est vrai qu'"Avatar" a tout d'un tour de force technique : pas un plan sans effet visuel, des textures jamais vues ou si peu, des personnages imaginaires - les Na'vi - d'un réalisme saisissant... Il y a certes de quoi baver, même en deux dimensions, devant l'univers créé par le réalisateur de Terminator et les moyens mis en oeuvre pour ne jamais le dénaturer.

Dans la salle, ces gamins souvent agités ne mouftent pas pendant les deux heures quarante que dure le film : même en deux dimensions, c'est un festival d'images sensationnelles qui se joue sous nos yeux. Mais voilà : est-ce que tout cet attirail suffit pour autant à créer une révolution et à donner un chef d'oeuvre ? Absolument pas. Si "Avatar"" était une attraction du Futuroscope, on s'en contenterait bien volontiers et on applaudirait à tout rompre. Mais non : c'est bien de cinéma qu'il s'agit, et raconter une histoire n'est généralement pas accessoire. Or, le scénario d'"Avatar" fait preuve d'une linéarité pour le moins étonnante. Comment peut-on mettre en place un dispositif visuel aussi ambitieux et oublier à ce point la profondeur du récit ? Jusque là, le réalisateur avait toujours su concilier ces deux aspects, régalant l'oeil mais stimulant également l'esprit. Mais le script écrit en Solo par James Cameron ressemble à un sympathique mix entre "Le nouveau monde" - plutôt que "Pocahontas" -, "Abyss", "Matrix "et quelques autres références du cinéma de ces trente dernières années.

Bien que traversée par de douloureuses scènes de destruction perpétrée par des salopards de ricains en quête de nouvelles ressources - parabole d'une non-finesse assez décoiffante -, la planète Pandora sert avant tout de cadre à une histoire d'amour contrariée mais fleur bleue entre deux êtres - justement - bleutés ne disposant pas du centième du potentiel romantique des héros de "Titanic". Le reste n'est qu'écologie béate, communion des corps façon secte et dramaturgie plus que prévisible.

Tout ceci aurait-il été différent projeté en 3D ? Non : en revanche, l'écran de fumée aurait été plus épais et aurait peut-être permis de passer davantage l'éponge sur le caractère excessivement routinier de ce script bien décevant, qui permet de passer un moment agréable - on ne voit effectivement pas le temps passer - mais ne comble absolument pas nos envies de grand cinéma.
Auteur :Thomas Messias
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