25 février 2021
Critiques

Avengers : L’ère d’Ultron : Marvel, world domination, partie 2

Après avoir pris d'assaut et conquis la forteresse hollywoodienne en proposant un modèle de production sur lequel beaucoup ne misaient pas un kopeck (émuler la synergie des licences à l'œuvre dans le monde du comic-book, en faisant graviter ses différents titres autour d'un vaste univers commun), la maison aux idées a bien l'intention d'entériner son règne, en attendant que l'offensive "Star Wars" ne vienne à son tour réclamer le trône moelleux sur lequel Kevin Feige s'assoit sans avoir l'air d'y toucher. Par conséquent, après avoir prouvé, avec le premier "Avengers", l'importance toute relative de la notion de parti-pris artistique quand l'interaction feuilletonesque entre les univers suffit pour fédérer autour du plus petit dénominateur commun, aucune raison pour Marvel de changer son fusil d'épaule. C'est donc tout naturellement que l'on reconduit Joss Whedon, aka l'homme qui a érigé ce système en profession de foi esthétique et note d'intention narrative aux manettes du second épisode,  surtout après avoir engrangé un plébiscite populaire massif en forme d'adoubement populaire avec sa première réunion Tupperware des personnages de votre super-sitcom préférée. 

De fait, il n'est guère étonnant que cet "Avengers" 2 décline en formule la charte visuelle et narrative qui avait imposé son prédécesseur au pinacle du nouveau modèle de franchise en train de plier Hollywood à ses exigences. Long et non-spectacle de 2h30 rabotant par le bas tout ce que constitue l'essence même du cinéma populaire, "Avengers 2-L'ère d'Ultron", ne fait que reconduire les gimmicks du précédent pour en accentuer la vacuité narrative et visuelle. Plus que jamais, les scènes d'actions servent d'estrades aux punchlines foireuses, la mise en valeur des exploits de ses héros s'effectue au travers de plans génériques intégralement délégués aux sociétés d'effets spéciaux, et Whedon continue de confondre caractérisation des personnages avec climat de connivence permanent qui étouffe dans l'œuf la moindre velléité dramatique.

Le réalisateur a beau passer au cinémascope pour l'occasion (enfin, plutôt rajouter des bandes noires en haut et en bas de l'image), "Avengers 2" suinte encore plus le renoncement, et affiche sans honte sa photo délavée qui transforme un blockbuster à 200 millions de dollars en DTV tourné en Bulgarie, qui résume à elle seule l'ambition artistique du bouzin. Comme si le réalisateur ne voyait plus d'intérêts à mettre en valeur des péripéties de toute façon noyées dans le magma indistinct de sa narration-zapping.

Car ce qui distingue "Avengers 2" des autres films de super-héros produits par Marvel n'est jamais que sa façon d'exacerber ce qui est déjà largement en germe dans ces derniers, à savoir que le lien tissé par chaque film avec l'univers commun prédomine sur le film en lui-même. De fait, Whedon semble refuser d'identifier des composantes qui ne lui appartenaient pas,  enfile les éléments qui ne sont de toutes façons appelés à n'avoir de l'utilité que dans les films suivants (que celui qui a compris quelque chose à l'escapade perso de Thor lève le doigt), fait intervenir des personnages pour le simple plaisir du clin d'œil, et en introduit d'autres qui ne servent à rien sinon introduire les films à venir (on cherche encore l'utilité réelle de l'über super-héro crée par Stark).

Là réside sans doute le plus gros aveu d'échec d'un métrage comparable à une abeille aliénée par l'esprit de corps pour nourrir la ruche, qui avance sans se soucier de sa propre individualité, sinon au travers de personnages secondaires dont il essaie laborieusement de justifier la présence (loupé : on ne sait toujours pas à quoi sert Œil de faucon, même après la vignette familiale). Un aveu d'échec parmi tant d'autres, pour une grosse baudruche qui n'a d'autres raisons d'être que la servitude avec laquelle il opère la jonction réclamée par l'univers commun. Autant dire que ça fait cher le point de montage…
Auteur :Guillaume Meral
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