16 octobre 2021
Critiques

Bac Nord : Une déflagration pleine de réalisme

Par Alexa Bouhelier-Ruelle


Le réalisateur Cédric Jimenez ("Aux yeux de tous", "La French") revient avec "Bac Nord", un thriller dans les quartiers nord de la cité phocéenne. Gilles Lellouche, François Civil et Karim Leklou campent, ici, des officiers de la Bac aux méthodes douteuses.

Plongée dans le réel
"Bac Nord" est tiré d'une histoire vraie. Le film reprend un scandale survenu en 2012 au sein de la brigade anti-criminalité de Marseille. Le réalisateur a rencontré ces hommes que l’on a refusés d’écouter à l’époque. Il traduit ainsi leur histoire à l’écran. Malheureusement, leurs trajectoires sont symptomatiques d’un mal qui habite les forces de l’ordre depuis des années. Le réalisateur marseillais s’approprie une nouvelle fois sa ville natale avec cette histoire de bavure policière rocambolesque.

"Bac Nord" est un polar rythmé. Il est ancré dans un univers policier toujours aussi pragmatique.
Adapté d’un fait divers local, le film s’affirme comme un polar social nerveux. Il se distingue de son alter-égo "Les Misérables" en plaçant majoritairement le récit du côté policier. Cette démarche ne permet pas forcément une vision moins manichéenne. Cependant, elle présente tout de même le travail des forces de l’ordre avec tout ce qu’il comporte de franchissements de lignes et de pressions venues de la hiérarchie.

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François Civil et Gilles Lellouche - Copyright Jérôme MACE/Chifoumi Productions
Une grande maîtrise
Le réalisateur impressionne par sa maîtrise de la tension et une direction d’acteurs de qualité. En effet, qu’ils soient professionnels et expérimentés, ou amateurs, les comédiens et figurants sont réellement tous convaincants. "Bac Nord" est porté par un casting solide. Même si le scénario laisse très peu de temps à l’exposition. En effet, il réduit assez vite ses personnages à une caricature de flic viril sans vraie substance. Sans même essayer de les sortir du contexte de leur travail.

Gilles Lelouche transparaît brillamment les forces que les faiblesses de son personnage. Karim Leklou est très bon pour ne pas dire excellent. Toutefois, c’est encore François Civil, et ses mèches blondes, qui tire son épingle du jeu. Avec son look improbable et son rôle de bêta au sang chaud mais au grand cœur. Dans "Bac Nord", il incarne à merveille un flic sous couverture. Civil démontre encore être une des valeurs sûres du cinéma français. Il nous livre une fois de plus une excellente performance.

A leurs côtés, Adèle Exarchopoulos et Kenza Fortas, après son César du meilleur espoir féminin pour "Shéhérazade", campent de solides seconds rôles. Au milieu de tous, c’est l’amitié qui unit le personnage de François Civil et une de ses indics qui s’avère être la plus réussie. Elle favorise une vraie empathie, même si l’enjeu qui en découle n’est traité qu’en second plan et n’intervient que bien trop tard dans le récit. La dynamique entre le trio principal fonctionne, avec quelques touches d’humour bien senties qui témoignent de leur complicité. Exemplaire, ces trois hommes démontrent une alchimie et un naturel évident qui sont les points forts de "Bac Nord".

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Cédric Jimenez, François Civil, Karim Leklou et Gilles Lellouche - Copyright Jérôme MACE/Chifoumi Productions
Réalisme avant tout
Cédric Jimenez cherche coute que coute à présenter la réalité sous toutes ses nuances. Le long-métrage bluffe dans des scènes d’actions intenses avec notamment une puissante séquence au sein d’une cité mafieuse. Une séquence qui va scotcher au siège n’importe quel spectateur pendant plus d’un quart d’heure. Cité au bord de l’explosion et police sous pression, "Bac Nord" dépeint un tableau peu réjouissant de ce qui se joue entre les HLM et réussit, durant la plus grande partie de son récit, à maintenir ce sentiment d’urgence. Le polar est rythmé, soutient la tension et illustre assez justement la faillite du système judiciaire et de la République vis-à-vis des banlieues.


Commençant directement au cœur de l’action, le film ne perd pas de temps à présenter ses personnages et leur quotidien en adoptant une approche quasi documentaire par son réalisme très cru. La note d’intention du réalisateur est donc d’emblée annoncée et vise une immersion totale dans son étude de la criminalité marseillaise et des moyens mis en place par la police pour y faire face. Un choix qui privilégie l’efficacité brute à l’identification. Le cinéaste en profite aussi pour démontrer tout son talent derrière une caméra. Il signe une mise en scène millimétrée, implacable et dans ses moments les plus musclées même assez virtuoses pour gérer la tension et la confusion qui règnent à l’écran. 

Avec "Bac Nord, Cédric Jimenez signe un grand film. Une puissante déflagration assourdissante qui prend aux tripes. La police, c’est aussi des mecs qui risquent leur peau au quotidien pour l’impossible, qui font face à l’insoutenable réalité de notre monde et à son pire visage. Une phrase résonne très fort dans ce film, « À quoi on sert en fait ? C’est fini, on ne sert plus à rien. » lâche avec mélancolie le flic incarné par Gilles Lellouche. Constat amer d’un flic qui réalise la situation.

"Bac Nord"
est un thriller solide qui tient en haleine de bout en bout. Et même s’il ne révolutionne pas le genre, il s’inscrit dans ces nouveaux films français où le réalisateur n’a pas un œil quasi neuf sur ce qu’il capture. Mais, au contraire, il connaît très bien son sujet. 

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