23 octobre 2019
Critiques

Bacurau : Une satire Carpenterienne

La critique du film Bacurau

Par Victor Van De Kadsye

Cette année, le Festival de Cannes s'est révélé plus politique que jamais à la vue des films récompensés par le jury mené par Alejandro Gonzalez Innaritu. On a d'abord pu découvrir une Palme d'or populaire et palpitante, "Parasite" de Bong Joon-ho, qui représentait une lutte des classes de façon déconcertante. Le premier film récompensé par le Prix du Jury, ex-aequo avec "Les Misérables" qui représentera la France l'année prochaine aux Oscars, s'inscrit dans cette tendance. "Bacurau", co-réalisation de Kleber Mendonça Filho et Juliana Dornelles, convoque John Carpenter pour faire un appel à la résistance contre une menace totalitaire arrivée au Brésil.

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D'un calme déstabilisant, "Bacurau" est pourtant un film qui ne va jamais cesser de crier sa colère pendant plus de deux heures. Une colère évidente contre la montée de l'extrême-droite, qui dirige le Brésil mais aussi les Etats-Unis. Les victimes ? Les habitants marginaux et laissés-pour-compte d'un village nommé Bacurau. Un microcosme où chacun se connaît, où l'on vit sous les coutumes mais aussi sans moralité (l'un des habitants du village est adulé pour ses actes criminels, par exemple).

Cet endroit laissé à sa merci, auquel on coupe eaux et réseaux, devient la proie de touristes américains payés souhaitant éradiquer ce village de la carte. Toutefois, et c'est qui est la force primordiale du film, la solidarité prime avant tout dans ce village pour mener la résistance. Et comment transparaître ça aux spectateurs ? Par un soupçon de cinéma de genre !

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Udo Kier

Carpenter est un maître d'école pour la représentation fantastique de la satire. A vrai dire, il a même son nom à l'école du village sous le pseudonyme-hommage de Joao Carpenteria. Simple, cash et divertissant, la force politique d'un film comme "Invasion Los Angeles" fût efficace pour les spectateurs. On retrouve cette même simplicité dans "Bacurau", qui réussit à éviter l'exercice-de-style que l'on pourrait craindre par la musique par exemple.

Cette représentation dystopique du Brésil, qu'on annonce en ouverture comme pouvant arriver dans quelques années, est montrée en toute simplicité par quelques écrans omniprésents, révélant des informations glaçantes (comme l'annonce à la télévision d’exécutions publiques), par des drones ressemblants à des soucoupes volantes des films des années 50 et par une narration linéaire, sans complexe, où des scènes peuvent être balayés au montage en transition latérale comme dans un "Star Wars". Ainsi par cette linéarité facile à comprendre, "Bacurau" réussit son coup : utiliser les codes universels du cinéma pour dénoncer efficacement une politique qui doit disparaître et parler à tout public.

Oeuvre folle sur la résistance et la solidarité, "Bacurau" est un drôle d'objet qu'il faut découvrir vierge de toute image de sorte à ce que vous soyez vite embarqué(e)s dans ce jeu de massacre. Cette satire acide contre la politique Bolsonaro fait du bien et révèle qu'un cinéma politique et ravageur est encore possible.

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