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Basic Instinct 2 : Consternant

Pour exactement 15 millions de dollars, Sharon Stone a donc enfin accepté de reprendre le rôle de la destructrice Catherine Tramell pour donner suite au méga hit que fut le premier "Basic Instinct" en 1993. Ce dernier a d'ailleurs aujourd'hui tout de l'objet kitsch même si le mauvais goût affiché de Paul Verhoven a toujours de quoi séduire entre scènes saphiques troublantes pour l'époque, érotisme teinté de sado masochisme et violences gores. 13 ans plus tard, pour "Basic Instinct 2", Michael Caton-Jones reprend un projet empêtré dans des problèmes de production pharaoniques (valse de réalisateurs, de scénarios et caprices de Stone sur le choix du rôle principal masculin). Le résultat à l'écran est sans surprise : absolument consternant. 

La revoilà donc LA femme fatale des années 90 : manipulatrice, vénale, dangereuse, Catherine Tramell distille plus que jamais son charme troublant et laisse dans son sillage un nombre de cadavres impressionnants. Conspiration ? Paranoïa ? Serial killeuse ? Autant de questions dont le spectateur se contrefout au bout de trois minutes tant la médiocrité grandiloquente de ce navet quatre étoiles qu'est "Basic Instinct 2" explose à chaque coin de l'écran. Avec l'énergie d'un collégien qui sèche les cours par un après midi ensoleillé, Michael Caton-Jones ne se donne même pas la peine de faire semblant. La mise en scène se contente ainsi d'être bêtement illustrative alignant des champs, contre champs interminables dans les scènes de psychanalyse redoutablement ennuyeuses. Il n'est d'ailleurs pas aidé un directeur de la photo (Guyla Pados) endormi derrière son moniteur tandis que les deux compositeurs pompent allégrement le thème du premier film. Quant aux acteurs, ils se démènent comme ils peuvent avec des fantômes de personnage grotesques et caricaturaux qui feraient passer ceux du pathétique "Sliver" (Philip Noyce 1994) pour un chef d'œuvre d'analyse psychologique. 

Mais le plus grave reste à venir avec un casting tout simplement navrant pour ce "Basic Instinct 2". Le choix de David Morissey (inconnu du grand public) pour incarner le premier rôle masculin témoignait d'un courage certain mais s'avère rapidement catastrophique. Transparent jusqu'à l'abstraction, son interprétation repose essentiellement sur un jeu de sourcils plutôt limité où se dégage deux grandes gammes d'émotions : la maîtrise (sourcils au repos) et le trouble (sourcils froncés). Face à lui, Sharon Stone se livre à un cabotinage éhonté fait de regards pervers, léchages de lèvres ou de doigts (en option), poses lascives et langage cru. Si la musique cherche constamment à retrouver l'ambiance ouatée et élégante du premier, le ton reste plutôt au comique involontaire. Avec la bourgeoisie londonienne en toile de fond, sa photo chichiteuse et ringarde, le film ressemble effectivement plus à un mauvais téléfilm porno soft qui aurait été expurgé de ses scènes chaudes qu'au thriller vénéneux vendu par une campagne de marketing tapageuse. 

Summum suprême dans "Basic Instinct 2" : les fameuses scènes érotiques sont aussi troublantes et pornographiques que les baisers volés entre ados dans la série "Dawson" (sauf l'épisode où Dawson a failli coucher avec Joey qui était vraiment super chaud). Mal filmées (si possible dans le noir avec une image floue et extrêmement courtes, moins d'une minute sur tout le métrage) elles ne dégagent rien d'autre qu'un vague parfum de consternation. Pourtant, c'est promis, toutes les scènes seront présentées dans leurs versions longues et non censurées en DVD claironnent le réalisateur et ses producteurs qui poussent décidément bien loin le cynisme mercantile. Malheureusement pour eux, avec un démarrage à moins de 3.5 millions de dollars dans 1600 salles aux USA, "Basic Instinct 2" ne risque pas de rentabiliser tout de suite ses 70 millions de dollars de budget. Gageons que cela fera aussi peu de monde intéressé par une édition DVD dans laquelle le seul bonus acceptable serait un mot d'excuse de la part des instigateurs de ce misérable navet.
Auteur :Frédérick LanoyTous nos contenus sur "Basic Instinct 2" Toutes les critiques de "Frédérick Lanoy"

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