12 novembre 2019
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Bataille à Seattle : Critique n° 1

"Nous n'héritons pas la terre de nos parents, nous l'empruntons à nos enfants" (proverbe indien) Seattle, situé au nord-ouest des États-Unis d'Amérique, est l'une des villes les plus importantes de la côte pacifique des États-Unis. C'est un important port spécialisé dans le commerce transpacifique. Elle constitue également un grand pôle industriel en Amérique du Nord. Seattle compte 600 000 habitants. On l'a surnomme la cité émeraude en référence à la couleur verte des forêts qui l'entourent. Seattle et ses 7 collines, Seattles et ses lacs… On l'appelle aussi la ville de la pluie (Rainy City), « la porte de l'Alaska », Queen City, ou encore Jet City, en référence au poids économique de Boeing dans la région. Seattle est en effet le siège de Boeing et de Microsoft…

Du fait de ses qualités, Seattles va être choisie, et elle est aujourd'hui aussi connue pour avoir accueilli la troisième conférence ministérielle de l'OMC en 1999. Cette conférence avait été accompagnée des premières manifestations altermondialistes importantes et médiatisées. Du 30 novembre au 03 décembre 1999, se tenait la troisième Conférence de l'OMC. Destinée à ouvrir un cycle de négociations visant à ouvrir davantage les marchés des biens, services et produits agricoles, elle constituait la plus grande conférence du commerce jamais tenue. Plus d'un millier d'ONG étaient présentes sur les lieux, organismes de défense des consommateurs, réseaux alternatifs, associations de défense de la diversité culturelle et sociale... 

L'ampleur des manifestations empêcha la tenue de la première journée de réunion, mais malgré le pacifisme généralement affiché, une poignée de provocateurs a suffi à déclencher l'intervention brutale des forces de police. L'état d'urgence et le couvre-feu furent même décrétés. Les images de ces évènements diffusés dans le monde entier ont spectaculairement inauguré la médiatisation de la lutte antimondialiste.

Sur la base de ces événements véritables, Stuart Townsend livre un film engagé, politique et d'action, ponctué ça et là d'une romance. Il réussit le pari de tenir son spectateur en haleine durant 1h40 sur un sujet politique épineux. Si on peut regretter ça et là l'attachement trop voyant du cinéaste à un camp plus qu'à l'autre, on ne peut que saluer ce travail qui a le mérite d'exister. L'Organisation mondiale du commerce (OMC, ou World Trade Organization, WTO) est une organisation internationale qui s'occupe des règles régissant le commerce international entre les pays. Le but est d'aider, par la réduction d'obstacles au libre-échange, les producteurs de marchandises et de services, les exportateurs et les importateurs à mener leurs activités. Enfin, cela c'est sur le papier.

Depuis la fin des années 1990 l'OMC a été l'objet de critiques de la part des mouvements alter-mondialistes. L'OMC promeut la mondialisation de l'économie et la libéralisation du commerce. Certes, cette organisation internationale est une de celle qui a le plus mis en place d'accords pour supprimer les droits de douane entre les pays. Cependant, les traités qui furent signés furent accusés de favoriser surtout les entrepreneurs des pays riches que les salariés ou les pays pauvres. C'est pourquoi, certains considèrent que l'adhésion à l'OMC peut s'assimiler à une récompense pour "bons comportements" économiques. Le Vietnam a ainsi rejoint l'organisation en 2006 mais la Russie en est toujours absente de nos jours. Beaucoup critiquent aussi la différence de traitement entre sa capacité à faire appliquer les réformes en matière de commerce (notamment suppression des droits de douanes) en comparaison du peu d'intérêt qu'elle manifeste à faire respecter les droits fondamentaux sociaux et éthiques (pas de règle sur les salaires, sur l'environnement, sur les droits syndicaux etc.).

Pour nous décrire les événements de Seattle et surtout ce qu'ils ont déclenchés, à court terme : Cette réunion s'est conclue sur un échec, les délégations des cent trente cinq pays membres se séparant sans lancer le cycle du « millénaire ». Les pays du Sud forment pour la première fois un bloc de négociation. Mais aussi à long terme, le réalisateur va s'attacher à quelques personnages marquants et d'autres plus inconnus mais représentatifs de ces quelques jours. C'est ainsi que l'on va suivre le maire de Seattle Jim Tobin (Ray Liotta), le responsable de la police municipale, les dirigeants de l'OMC, le représentant de Médecins sans frontière, quelques alter-mondialistes pacifistes et enfin, un couple formé par un policier et son épouse enceinte, formant un couple qui se révélera improbable : bourreau et victime collatéral….

Pour un premier film, Stuart Townsend signe une réalisation musclée, enthousiaste et rythmée. Qu'on ne s'y trompe pas, sur la forme, Bataille à Seattle a tout de l'œuvre de fiction, du film d'action et de guerre civile. Il ne laisse que peu de seconde de répit, rend ses personnages attachants et donne envie de rester là, bien accroché à son fauteuil. Cependant, si la grande histoire est haletante et surprenante, les petites histoires sont elles sans surprise. Le scénario ne brille pas là par son originalité. Les ficelles en sont même plus très bien connues. On voit trop souvent les choses arriver de très loin. On en saurait toutefois bouder son plaisir car le tout passe très bien, Bataille à Seattle étant servi par une belle distribution : Ray Liotta, Martin Henderson, ou Charlize Theron en vendeuse enceinte mariée à un policier… (à noter qu'elle est la compagne du réalisateur).

Le tout est parfaitement filmé caméra souvent à l'épaule, des gros plans bienvenus. Alors que l'on sait que la ville grouillait de monde, Townsend ne filme que ses petits groupes. On sait aussi que le film n'a pas bénéficié de gros moyens. A la lumière du résultat produit, on ne peut que saluer la performance. Alors certes, il manque un petit peu d'objectivité, même si le réalisateur a cherché à montrer les deux camps. On devrait enfin, parler de trois camps, ceux qui à l'intérieur ont cherché à se faire entendre de l'OMC sans y parvenir vraiment. Ce film mérite d'être apprécier car il existe et fait d'un film politique un film d'action, ce qui n'est pas un mince exploit. Il permet de mettre en lumière des idées et en ce sens permettra à chacun ensuite de se faire son opinion. Documentaire (Townsend s'est fortement documenté) et fiction, "Bataille à Seattle" est ainsi à la fois un objet de divertissement de qualité et une œuvre engagée.
Auteur :Magali Contrafatto
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