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Batman Begins : Encourageant pour la suite attendue

Après les bides artistiques inqualifiables que furent "Batman Forever" et surtout "Batman et Robin", la Warner s'est dit qu'elle n'avait pas fait assez de mal à la franchise puisqu'elle a lancé la production de "Catwoman" il y a maintenant deux ans… avec les résultats pitoyables que l'on connaît.

Alors Batman, mythe ravagé par un studio sans scrupule ? Sans aucun doute du moins jusqu'à ce que se profile à l'horizon une lueur d'espoir puisque le dit studio évoque des réalisateurs intéressants pour relancer la machine : Darren Aronofsky (le génie de "Requiem For A Dream"), Clint Eastwood (qui aurait incarné un Batman vieillissant) ou bien Wolfgang Petersen (bon là, c'est tout de suite un peu moins bien) sont un temps envisagés.

C'est finalement le metteur en scène de Memento et "Insomnia", Christopher Nolan, qui s'y colle avec un scénariste de choix à ses côtés puisqu'il s'agit de David S. Goyer, le papa responsable de l'adaptation de Blade sur grand écran.

La première ambition de "Batman Begins" est de taille : faire oublier les catastrophiques délires fluorés de Joel Schumacher et même les errances gothiques de Tim Burton très réussies artistiquement mais pas toujours fidèles au comics original.

Pour cela, Goyer balaie d'un revers de main les quatre films de la franchise et retourne aux origines du mythe à savoir qu'est ce qui pousse Bruce Wayne –orphelin milliardaire hanté par la mort de ses parents- à enfiler le costume d'une chauve souris pour jouer les justiciers ?

Pour se faire, Goyer a choisi de construire le film en deux parties très distinctes : la première, introspective et avare en scènes d'action, se focalise sur la psychologie de Wayne en pleine crise existentielle parti en voyage initiatique au fin fond de la Mongolie. La deuxième, beaucoup plus animée, correspond d'avantage à l'idée qu'on se fait d'un blockbuster estival avec explosions et effets spéciaux clinquants.

Cette construction en deux temps distincts impose d'emblée les limites du film. En effet, si Christopher Nolan et David Goyer ont manifestement bénéficié d'une certaine liberté pour redorer le héros masqué, le cahier des charges d'une production à 140 millions de dollars se fait notamment sentir dans les nombreuses scènes d'action qui parsèment la dernière heure du film.

Trop prévisibles dans leur déroulement (la séquence du métro rappelle furieusement celle de "Spiderman 2"), trop aseptisées pour être mémorables (le montage des combats rapprochés est tout simplement incompréhensible) elles jurent avec les prétentions naturalistes du film. Et oui, il faut bien contenter le mangeur de pop corn moyen qui, lui, n'a que faire des tourments de Batman. 

On l'aura compris, Nolan est plus à l'aise dans la partie psychologique que dans l'action pure ce qui en fait une sorte d'anti Michael Bay avec ce que cela comporte d'avantages et d'inconvénients. La brillante première partie s'avère quand même être une sacrée résurrection pour le héros masqué.

A des années lumières du traitement primaire de Schumacher, le Batman de Nolan/Goyer est un homme fragilisé par ses peurs en quête d'une meilleure connaissance de soi. Anti spectaculaire au possible, cette partie où Wayne se découvre Batman constitue le point fort du film.

Sans effets inutiles ni surenchère visuelle propre aux grosses productions hollywoodiennes, la première heure intéresse sans ennuyer tout en posant des bases solides pour une éventuelle trilogie.

Les partis pris naturalistes du film sont –du moins jusqu'à la dernière bobine- en cohérence avec la mise en scène. En réduisant à la part congrue les effets numériques, Nolan s'éloigne considérablement des pirouettes digitales grotesques visibles chez Joel Schumacher.

Pas question ici de voir Batman faire une chute de deux mille mètres pour s'accrocher in extremis à une gouttière rouillée d'un building de Gotham. Un autre bon point à ranger dans les grandes qualités du film.

Côté casting, Christian Bale est impeccable. Il représente à ce jour le meilleur choix pour incarner ce personnage si complexe. Il est entouré d'une pléiade de seconds rôles aussi prestigieux qu'excellents à commencer par Morgan Freeman et surtout Michael Caine, tout simplement remarquable en Alfred.

Cette solide équipe constituée d'un bon réalisateur, d'un scénariste dévoué ainsi que d'excellents acteurs accouche d'un film honorable mais frustrant.

On attend la suite pour voir si les belles promesses de "Batman Begins" seront transformées dans un second volet plus cohérent et un poil moins consensuel.

Auteur :Frédérick Lanoy
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