Critiques

Baywatch – Alerte à Malibu : Plouf, plouf, la vie parfois fait plouf

Si on devait représenter Hollywood en un corps humain, Buena Vista, Warner Bros., Universal Studios, 20th Century Fox, Sony/Columbia et Paramount Pictures se matérialiseraient sous la forme d'abdominaux saillants et solides comme le roc. Enfin, saillants et solides comme le roc, plus ou moins... 

Sur ce pack de six qui permet à l'industrie cinématographique américaine d'exercer une domination aussi immémoriale qu'inébranlable dans les salles obscures du monde entier aujourd'hui à coup de franchises autour desquelles rassembler une base de fans par l'exploitation des réseaux sociaux, il y aura toujours deux abdominaux du bas. Mais si, vous savez, les deux du fond qui sont les plus difficiles à muscler et qui ont plus l'air de s'attendrir que de s'affermir quand on les fait travailler. En ce moment, les disgracieux sont Sony/Columbia et Paramount Pictures. 

Bon, le premier tire un peu la langue et peut toujours se reposer sur une société productrice de films d'animation. Un domaine de compétences supplémentaire qui permet de faire rentrer à un rythme régulier des flots de pognon. Les quatre autres grands studios américains l'ont bien compris, et, aussi conscient que le reste du monde de la théorie mathématique post-"Avengers" selon laquelle un film Marvel Studios ne peut pas ne pas être bénéficiaire, Sony/Columbia s'est intelligemment associé avec Buena Vista pour ne pas avoir à se séparer définitivement de la vache à lait que représente l'univers de Spider-Man contre quelques haricots prétendument magiques. Du coup, y a pas trop de raison de s'inquiéter pour lui et en plus, quel rapport avec la choucroute ? 

Non, "Baywatch - Alerte À Malibu" a été produit par Paramount Pictures et c'est le studio qui a le plus de raisons d'avoir la trouille à l'heure actuelle. Quand on pense qu'il possédait auparavant, non seulement la licence Indiana Jones, mais qu'il était, en outre, le co-producteur des Marvel Studios jusqu'à... "Avengers" et son carton planétaire. On pourrait presque avoir de la peine pour ce pauvre petit studio. Il n'était pas si petit il y a encore six ans. Cependant, il ne parvient pas à enrayer le rapetissement grâce auquel Buena Vista a sacrément repris du poil de la bête. 

Bref, Paramount Studios, c'est un peu le dindon de la farce des rachats successifs de Marvel Entertainment, Inc. et de Lucasfilm Ltd. Comme si la chute n'était pas assez vertigineuse, il a même été séparé de DreamWorks Animation SKG, Inc après "Madagascar 3 : Bons Baisers D'Europe". Sur le plan purement qualitatif, ça n'a jamais été un fleuron de l'animation. Pourtant, cela faisait globalement rentrer du blé même si chaque production n'était pas forcément un succès. Depuis 2013, il a pu vivoter sur "Star Trek", mais le troisième a été un peu mou du genou en box-office. "G.I. Joe : Conspiration" n'a pas trop mal marché, mais il n'existe toujours pas de projet de troisième épisode au bout de quatre ans. "World War Z" a été un carton-surprise, mais son budget est suffisamment énorme pour en limiter les profits et la suite vient juste de trouver son réalisateur. "Ninja Turtles" a été, lui aussi, un carton inattendu, mais le rejeton a payé pour les crimes de son aîné donc il ne pourra pas se reproduire... 

En plus de cela, "Transformers : The Last Knight" commence aux États-Unis une chute libre qui pourrait s'avérer encore plus violente que celle que continue d'expérimenter "Pirates Des Caraïbes : La Vengeance De Salazar" histoire de prolonger une année 2017 horrible : "Ghost In The Shell" ? Gros bide. "Monster Cars" ? Gros bide. "xXx : Reactivated" ? Carton en Chine, pas mal à l'étranger, gros bide aux États-Unis.  "Le Cercle - Rings" ? Passe encore, mais c'est à hauteur d'un petit budget. Si ce n'était "Mission : Impossible 5", le studio a sérieusement du mal a revenir dans le jeu. Ce n'est pourtant pas à cause de décisions commercialement insensées comme en atteste "Baywatch - Alerte À Malibu.

On prend la série télévisée la plus regardée au monde, elle a une image datée donc on évite de prendre le risque d'en faire quelque chose de premier degré et on essaie de faire comme "21 Jump Street". On met The Rock dedans parce que c'est grâce à lui que "San Andreas" n'a pas été un échec... Normalement, c'est plié, y a écrit : " 100 000 000 $ + au box-office US " partout là-dessus mais, non, encore une fois, échec, mais échec un peu moins violent surtout parce que ça a coûté 69 000 000 $. Bon, il faut dire que la critique l'a un peu légèrement pulvérisé alors qu'elle a porté "21 Jump Street" et "22 Jump Street" au pinacle. Et cela reste tout de même assez surprenant de voir un truc aussi raisonnablement pensé sur le pur plan financier faire moins que prévu plutôt que dépasser les attentes.

On va non plus pleurer sur son semi-échec parce que ce n'est pas un film ne serait-ce que satisfaisant et encore moins un très bon film. Toutefois, c'est loin de faire partie des pires purges auxquelles on a pour l'instant droit cet été. On va passer assez rapidement sur l'humour. Non seulement l'auteur de ces lignes a du mal à se marrer au cinéma, mais il peut s'étouffer en écoutant un très bon podcast cinéma qui s'appelle "2 Heures De Perdues" - et hop, une petite recommandation. Cela fait du bien de compenser une critique négative en tentant de rediriger les gens vers quelque chose qu'on aime bien. Il est, en plus, assez difficile de véritablement développer des arguments rationnels pour expliquer pourquoi on a rigolé ou pas. Tout ce qui peut être dit au sujet de l'humour dans "Baywatch - Alerte À Malibu", c'est qu'il est au final un peu moins présent que ce à quoi on pouvait s'attendre, même un peu moins vulgaire que prévu en dépit d'un coinçage de testiboules par exemple, cela dit ça reste une comédie.

Une comédie qui pêche par son rythme mais aussi par la mise en valeur des gags. Pour une fois, on ne peut pas reprocher à un film de trop souligner ses effets comiques mais ils passent presque inaperçus tant ils se fondent dans la masse du film. On ne va pas non plus revenir sur la fidélité à la série - dommage, peu de critiques doivent vraiment aborder cet aspect quand elles parlent du film - parce que celui qui vous écrit sait juste, comme beaucoup de moins de vingt-cinq ans, qu'il y a des maillots de bain rouges qui courent au ralenti sur de la musique. Cela donne droit à une blague méta assez bien vue parce qu'elle fait écho à la perception qu'a un personnage d'un autre. D'ailleurs, en parlant de méta, on en a encore un échantillon alors que les personnages débattent autour du rôle des sauveteurs et l'un d'eux trouve que ça donnerait une série télévisée ringarde s'ils se retrouvaient confrontés à une vague de raies manta ou à des voleurs d'affaires de plage. Cette fois-ci, c'est mauvais parce que c'est un coup de coude facile adressé aux spectateurs qui aimaient la série mais qui est en plus détestable puisque c'est manifester le fait qu'on prend de haut ce qu'on adapte. 

Le scénario comporte d'autres traces un peu rances vis-à-vis de la manière dont elle exploite certains codes du genre. Citons par exemple l'étudiant en informatique et en robotique gras du bide qui veut s'accomplir en tant qu'autre chose que le geek de service dont on reconnaîtra le potentiel et dont le plus grand exploit le ramènera à assumer son rôle de geek de service. Parlons encore de la déclaration ironique bien petit malin et hypocrite qu'on place dans la bouche du personnage d'Alexandra Daddario. C'est pour marquer le fait que le film soit conscient du côté éculé de l'intérêt amoureux qui se construit autour du fait qu'elle a tapé dans l'œil du personnage de Zac Efron. Tout cela pour, au final, plonger tête la première dans ce cliché sans même prendre la peine d'installer quelque chose entre les deux personnages concernés. 

Pourtant, quand il s'agit de faire finir la plus bombasse des bombasses qui ferait même vriller le spectateur en mode Loup de Tex Avery avec l'étudiant en informatique et en robotique gras du bide, "Baywatch - Alerte À Malibu" y arrive en très peu de scènes. La fille a beau être une bombasse de l'espace, CJ, en plus d'être incarnée par un mannequin qui n'est pas une mauvaise actrice, est d'entrée de jeu présentée comme une fille simple, souriante, avenante et dans le fond plus modeste que ce que renvoie son image fantasmée. Pour preuve, l'assez mignonne scène du mannequin vous fera croire que les deux peuvent finir ensemble. C'est loin d'être extraordinaire mais c'est assez rare de voir au moins quelque chose à sauver dans ce type de relation et c'est l'une des rares relations entre deux personnages qui soit traitée correctement. On ne va pas revenir sur celle entre les personnages d'Alexandra Daddario et de Zac Efron, le plus gros moment de partage entre eux étant celui où il lui apprend qu'il a grandi dans plusieurs familles d'accueil différentes, mais celle qui le lie à The Rock ne vaut pas non plus tripette. Ils sont constamment en train de se prendre le bec. Néanmoins, le premier finit par laisser un message à l'autre pour lui dire qu'il lui manque. 

Comment on construit une bromance avec un mec avec lequel on se prend tout le temps la tête ? D'ailleurs, le personnage de Zac Efron s'affirme clairement comme le protagoniste de "Baywatch - Alerte À Malibu" et, même si celui de The Rock peut être un peu trop casse-bonbons pour le sauveteur adoré de tous qu'il est censé être quand on le voit faire le beau et interrompre des parties de basket ou encore projeter d'entretenir l'humiliation que le petit Zac subit sur Internet, il est assez détestable à suivre. Bien sûr, c'est un égoïste accro à la performance qui devra apprendre le travail en équipe et le sens des responsabilités mais il s'avère juste être un petit con de première totalement indigne de confiance qui n'arrête pas de s'excuser et de reconnaître qu'il a fauté pour continuer à fauter par la suite. Il y avait quelque chose à exploiter autour de l'humiliation qu'il continue à subir sur Internet et de son enfance que l'on devine difficile. Maladroitement, le film et le personnage prennent ça tellement à la légère. Par exemple, lorsqu'il se retrouve encore une fois humilié au cours d'une soirée, il lance un " Faites péter les shots ! " et tout est réglé. 

Impossible de s'investir dans l'évolution du personnage, évolution qui est d'ailleurs tout sauf progressive. Bizarrement, même si trois personnages sur six passent complètement à la trappe pendant vingt minutes de film, on a quand même la sensation qu'il existe une certaine cohésion d'équipe entre eux et, au bout d'un film seulement, si on nous laissait le choix, on irait plutôt avec eux qu'avec ceux de "Fast & Furious 8". Peut-être est-ce parce qu'on nous montre ne serait-ce légèrement comment ils passent des journées normales ensemble, peut-être est-ce parce qu'ils ont l'air d'avoir la banane pendant tout le film ou peut-être est-ce parce que The Rock est un chef bien plus fédérateur que Vin Diesel. Cela étant, il suffit qu'ils mangent ensemble ou que CJ accueille sous le toit commun le Zac Efron nouvellement recruté pour que ça marche.

Sur le plan cinématographique, "Baywatch - Alerte À Malibu" est assez pauvre. Quand le film fait émerger de manière ultra "over the top" un énorme titre de la mer derrière The Rock cadré en plan poitrine en train de ramener au rivage le pauvre gonze qui vient de se faire démonter par le vent pendant qu'il faisait du kitesurf, on peut se dire qu'on va avoir le droit à une mise en images bien excessive qui ira à fond les ballons dans des effets de style bien vénères pour épouser au mieux la stature übermenschesque de son héros. Mais non. 

Contrairement à Phil Lord et Chris Miller qui insufflaient une énergie et une créativité de presque tous les instants à "21 Jump Street", Seth Gordon a déjà déployé presque tout ce qu'il avait dans le ventre. Le reste du temps, il exécutera son boulot comme un faiseur mou sans identité incapable de donner de la pêche à des idées qui auraient pu offrir une certaine matière comme une baston dans une chambre de petite fille entre deux gros molosses qui se balancent des poupées à la gigoule ou un dézingage de méchant à coup de feux d'artifice. Cela permet d'ailleurs de caser que le climax est assez illisible. Autre idée qui aurait pu bien claquer si elle avait été exploitée correctement, l'oursin dont le venin te fait passer en mode guerrier berserk avant de te faire délirer et de te tuer. On voit la préparation mais le paiement est une terrible déception. Même les quelques effets spéciaux du film sont assez dégueulasses. Mention spéciale à une traînée de fumée vert Hulk censée représenter du vomi qui n'auraient pas dépareillé dans le mini-jeu du tourniquet de Titeuf Méga Compet sur PlayStation 2 en 2004. 

Bon, "Baywatch - Alerte À Malibu" a beau ne pas être terrible dans l'ensemble, il se suit sans trop de déplaisir et le pire défaut du film, c'est très clairement son insupportable bande originale qui enchaîne presque sans temps mort de la pop turbo-beauf tout juste bonne pour D17 cet été. Ce serait déjà relou si ça se limitait à quelques morceaux mais la bande-son est presque exclusivement remplie de cela donc ça devient ultra gavant. Quand le film propose autre chose, par exemple pour les scènes des méchants, c'est juste un vieux thème tout pourri et basique pour accompagner des méchants qui font leurs trucs de méchants sur un yacht. 

On a bien Run The Jewels de ... Run The Jewels - Oui. - à un moment mais on ne sait plus lequel alors que, quand Karim Debbache et Edgar Wright l'utilisent dans "Chroma" ou dans "Baby Driver", on s'en souvient alors que soit, c'était utilisé de manière très brève, soit c'était utilisé à un moment complètement anecdotique parce que ça passait sur l'autoradio. Par contre, on se souvient bien plus du moment où on utilise Legend Has It, également de Run The Jewels, alors que c'est un morceau beaucoup plus relou qui a déjà bien dû vous gaver si vous avez pu voir la bande-annonce de "Black Panther" mais qu'on réutilisera tout de même quelques scènes plus loin. D'ailleurs, entre "Baywatch - Alerte À Malibu", "Baby Driver" et la bande-annonce de "Black Panther", on les entend souvent cet été, les "p'tits keums" de Run The Jewels mais c'est pas aussi bien à chaque fois.

Pour vous la faire courte, "Baywatch - Alerte À Malibu" a beau vous remplir les oreilles d'une turbo nuisance musicale, les morceaux utilisés sont tellement interchangeables et oubliables que ça évite de vraiment enfoncer un long-métrage qui pêche déjà par sa mise en scène presque totalement dénuée d'inspiration, son inconsistance humoristique et de grosses carences dans le traitement de ses personnages. Pourtant, entre le charisme des acteurs qui ne donnent pas plus que ce qu'on pourrait leur demander, deux ou trois trucs qui peuvent être sauvés dans le traitement de ses personnages et une humeur enjouée suffisamment contagieuse pour faire passer le tout en douceur, on n'a pas envie d'être trop sévères face à un film, certes médiocre, et pourtant pas mauvais. 

En gros, le film réussit véritablement très peu de choses et se plante dans beaucoup d'autres, mais la plupart du temps, on va dire qu'il se plante dans du coton. C'est peut-être ça, la magie de The Rock, un colosse à qui t'as envie de faire un câlin et avec lequel t'as envie de démarrer une bromance (qui est une amitié forte entre deux hommes, avec un niveau émotionnel élevé, mais sans composante sexuelle, n.d.l.r.) même quand il est méchant ou en colère contre toi.
Auteur :Rayane Mézioud
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