28 septembre 2021
Critiques

Benedetta : Cierge, ma Marie !

Par Rayane Mezioud


Mettons immédiatement de côté la polémique autour du caractère blasphématoire de "Benedetta", car c’est loin d’être la première fois que le bon Paul suscite l’ire d’une frange de la critique qui lui improvise un procès pour outrage aux bonnes moeurs, procès qu’ils veulent perdu d’avance pour l’accusé. Mais sur le court comme sur le long terme, ses détracteurs n’ont jusqu’à présent réussi qu’à mettre à l’insu de leur plein gré en lumière l’expertise de Verhoeven à se faire le miroir peu flatteur d’un certain Zeitgeist. Parler d’un film, c’est fréquemment en dire plus sur soi que sur l’oeuvre. Economisez sur les frais de psychanalyse, devenez journaliste cinéma.

Théâtre du Chapelet

Pourtant, peut-être est-ce parce que votre serviteur est agnostique et a toujours ressenti un éloignement du sentiment religieux chez ses congénères, mais difficile de concevoir qu’on puisse encore s’indigner ou se pâmer devant un pamphlet ou une ridiculisation du clergé. Quiconque se risque à cet exercice peut très facilement sembler arriver après une bataille dont les cendres sont bientôt froides. Avec "Benedetta", le Hollandais Violent prêche des convertis dans sa diatribe contre l’Eglise et cela innerve parfois l'impact de sa dimension martyrielle et provocatrice. Donnant parfois l’impression de juste vouloir épater et rincer l’œil de la galerie, Verhoeven est pourtant loin d'avoir perdu son expertise dans l'Art du trollage communicatif. L’amusement fait régulièrement acte de présence tout comme le partage de la souffrance.

Cependant, le premier intéressé est le premier à savoir que chacun de ses films a un haut potentiel de bombe à retardement, de blague comprise par l’auditoire trop tard pour pouvoir en rire sans provoquer un moment de gêne intense. Avoir ne serait-ce que commencé à faire ses devoirs sur le bonhomme suffit à aborder une métaphore filée de la carrière du Hollandais Violent dans son rapport à ses contempteurs. Le mur porteur de cette métaphore étant bien évidemment "Showgirls", lui étant Soeur Felicita et Elizabeth Berkley étant Bartholomea (merveilleuse Daphné Patakia dans son plaisir communicatif à engrainer et à se laisser engrainer par sa mentore.) On y retrouve entre Benedetta et Bartholomea le même écart entre Verhoeven et Berkley dans la capacité de chacun(e) à retomber sur leurs pieds après avoir été voué(e)s aux gémonies.  Et on en attendait pas moins de lui mais Paulo n’esquive jamais son potentiel nocif sur la réputation de ses collaborateurs. Interprété ainsi, Benedetta est, certes, égotique, mais jamais angélique.

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Copyright : Pathé Films
Mensonges de Benedetta

Elle a l’habitude et le mérite indiscutable de sa mise sur un piédestal, mais Virginie Efira est ici d'autant plus brillante justement parce que les autres personnages se font systématiquement et avec une violence extrême ses gorges chaudes à chaque manifestation surnaturelle doloriste. Même lorsqu’on peut difficilement dire que c’est du chiqué, elle n'est pas entourée d'une cour qui mâche le travail des journalistes en chantant ses louanges au sein de la diégèse.

Bien évidemment, nouvelle sélection officielle en compétition à Cannes oblige une moitié de décennie après avoir raflé plus de récompenses que de nominations sans trophées pour Elle, difficile pour le Hollandais Violent de prétendre jouer sa peau avec ce "Benedetta" et potentiellement perdre définitivement les bonnes grâces d’une critique qui l’aura de nouveau en odeur de sainteté si elle l’excommunie de nouveau. La conclusion du film abonde en ce sens avec la lucidité du mec qui retourne dans la tempête l’esprit serein parce qu’il en a vu d’autres.

Au final, avant le pamphlet ou la ridiculisation paillarde du clergé, "Benedetta" est peut-être d’abord un film plus complexe qu'il n'y paraît sur la mise en danger de soi.

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