23 octobre 2020
Critiques

Benni : Détresse d’une enfant sans affection

Par Flavie Kazmierczak

Pour son premier long-métrage, "Benni" (distribué par Ad Vitam), la réalisatrice allemande Nora Fingscheidt suit le parcours mouvementé d’une petite fille sujette à des crises de violence et le combat des services sociaux pour apaiser sa colère. Un drame social percutant qui mérite le coup d’oeil.

"Benni" est un cri, celui de Benni, une enfant non désirée et violente. Du haut de ses neuf ans, cette petite fille est loin d’être épanouie. Baladée d’un foyer à l’autre, elle est devenue ce que les services sociaux appellent “une faille dans le système”. Traumatisée et délaissée par sa mère, elle n’arrive plus à contenir la violence qui la submerge et ses crises de rages deviennent incontrôlables. Une assistante sociale et Micha, un éducateur vont tout faire pour calmer la douleur de cette jeune fille qui n’aspire qu’à retrouver l’amour maternel qui lui manque.

Un cri de douleur

Dès les premières minutes, les crises nerveuses de Benni plongent le film dans un climat anxiogène. La petite fille explose dès que les choses ne vont pas comme elle le souhaite. Elle souffre en réalité de l’abandon de sa mère. Par peur de se faire rejeter, elle ne s’attache à personne et s’est forgée une carapace.

Intelligemment écrits, les personnages qui gravitent autour de Benni se battent pour lui apporter un cadre stable. Si sa mère, immature, est incapable de prendre ses responsabilités et laisse de faux espoirs à sa fille, son assistante sociale remue ciel et terre pour lui trouver un foyer. Mais malgré la dévotion des adultes qui l’entourent, le système de protection de l’enfance semble inadapté pour pallier ses carences affectives. Seul un séjour de plusieurs semaines en forêt avec Micha lui fait baisser les armes.

Une jeune révélation

Dans sa quête d’apaisement, on suit de près la jeune héroïne. La caméra s’adapte aux humeurs de Benni, laissant la douceur et la fragilité apparaître lors des moments d'accalmie et reflétant à la perfection le chaos intérieur de la petite fille. On court avec elle lors de ses fugues, on tremble lors de ses crises et on souffle dans ses rares moments de joie.

Les ruptures dans le rythme retranscrivent l’instabilité de Benni, merveilleusement interprétée par Helena Zengel qui crève l’écran. La jeune actrice qui sera prochainement à l’affiche aux côtés de Tom Hanks est aussi attachante qu’inquiétante. Avec une note de désespoir dans le regard, elle incarne avec justesse le mélange de douceur et de violence qui caractérise Benni. Grâce au regard bienveillant de la réalisatrice, une empathie se crée avec cette enfant sauvage qui n’aspire qu’à se sentir aimée.

Malgré quelques longueurs, "Benni" dresse le portrait bouleversant et dérangeant d’une enfant en manque d’amour. Sans vraiment trouver de réponse au malheur de Benni, le film montre avec réalisme l’impuissance du système pour protéger et accompagner certains enfants. Un regard cru et poignant sur une enfance qu’on espère encore pouvoir être sauvée.


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