8 décembre 2019
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Betty Fisher et autres histoires : Vain et prétentieux

Le titre nous prévient, il y a Betty et les autres. Il y a son histoire et celles des autres. Il y a donc plusieurs films en un et c'est bien cela que l'on reproche à Claude Miller, d'avoir raconté d'autres histoires alors que celle de Betty Fisher était bien plus intéressante, plus forte et aurait pu donner naissance à un beau drame intimiste et romanesque.

Adapté d'un roman de Ruth Rendell (un écrivain que Chabrol avait adapté pour La cérémonie en 1995), "Betty Fisher et autres histoires" nous présente différents personnages issus d'univers totalement éloignés qui vont, plus ou moins, se retrouver réunis dans une histoire de kidnapping mais qui ont surtout en commun un égoïsme excessif.. Betty Fisher donc (Sandrine Kiberlain) perd son fils dans un accident. Sa mère (Nicole Garcia) un peu folle (elle a tenté de tuer Betty lorsque celle-ci n'avait qu'une dizaine d'années, lui plantant une paire de ciseau dans la main) venue à Paris se faire soigner, kidnappe un petit garçon et le donne à sa fille pour compenser sa douleur.

Pourquoi Claude Miller s'intéresse-t-il autant à Carole (Mathilde Seigner), la mère de ce garçon, une jeune serveuse un peu pute qui ne sait pas qui est le père de son enfant et qui trouve là un bon moyen de se débarrasser d'un poids encombrant ? Les petits gangsters que fréquente Carole; Alex (Edouard Baer), un gigolo-magouilleur pathétique et l'enquête sur la disparition du garçon avec les policiers qui porte leurs soupçons sur François (Luck Mervil) le compagnon de Carole, constituent le côté policier du film...

Un aspect que Claude Miller semble ne pas maîtriser comme le prouve le règlement de compte final absurde où Carole et le mari de Betty (Stéphane Freiss) sont tués ou encore « l'énorme » scène à l'aéroport où par un curieux concours de circonstance Betty, Alex et le flic chargé de l'enquête se retrouvent au même endroit, prenant le même avion. Pourquoi Carole est-elle exécutée ? Malgré la prestation amusante et très convaincante d'Edouard Baer, son personnage qui organise la vente d'une maison qui n'est pas la sienne était-il vraiment capital ?

Miller revient de temps en temps à l'essentiel, l'histoire de Betty qui vit un début d'histoire d'amour avec un médecin rencontré pendant la nuit tragique où son fils est décédé, Jérôme (Roschdy Zem). Malheureusement, pourquoi le cinéaste exclue si rapidement le personnage de Nicole Garcia ? on a sans cesse l'impression que Miller fui son sujet principal, un sujet suffisamment fort et dérangeant qui n'avait besoin d'aucune autre histoire, d'aucun autre personnage: l'irresponsabilité d'une mère qui a failli tuer sa propre fille...

Avec ce trio: la mère, la fille, l'enfant kidnappé, Miller tenait là un casting idéal pour un huis-clos terrifiant et chargé d'émotions. On comprend l'ambition de Miller, faire un film sur l'égoïsme contemporain. Mais ces personnages sont englués dans un égoïsme outrancier et peu crédible. De plus, la démonstration de Miller sur ce sujet est trop appuyée à cause de tous ces personnages inutiles: celui de Mathilde Seigner, la mère indigne qui ne sait s'occuper de son enfant, étant une répétition de celui de Nicole Garcia.

Claude Miller est certainement passé à côté d'un grand film. Les acteurs (tous formidables) ne sont en rien responsables. La faute incombe à un cinéaste mineur qui se veut de plus en plus ambitieux mais qui ne parvient qu'a être prétentieux et vain alors que son talent principal réside dans l'intime, dans la chronique douce-amère comme l'étaient "L'effrontée", "La petite voleuse" ou le très réussi "L'accompagnatrice"... 

Auteur :Christophe Roussel
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