12 juillet 2020
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Bienvenue chez les Rozes : Ciné-poubelle !

Après la télé-poubelle, voici venu le ciné-poubelle avec "Bienvenue chez les Rozes" (distribué par TFM) ! A l'heure où la télé-réalité transforme les gens normaux en stars, le ciné-poubelle change les gens normaux en criminels obsédés et les méchants en gentils innocents victimes des circonstances.

Sous prétexte que l'humour est un formidable moyen capable de dénoncer sans accuser la méchanceté humaine et de désamorcer pacifiquement conflits et problèmes de tout ordre, voilà que ces temps-ci, les réalisateurs règlent leurs comptes en brandissant l'étiquette sacrée de l'humour, comme si celle-ci leur donnait une quelconque immunité cinématographique (l'humour donnerait à des idées personnelles un caractère de vérités générales en les protégeant des critiques). Sans compter que plus l'humour est lourd, grossier, ordurier, vulgaire, limite porno, mieux c'est, à en croire certains… Et dans ce domaine, apparemment, Monsieur Francis Palluau se croit tout permis. A l'écouter, il voulait voir jusqu'où on pouvait aller avec l'humour… 

"Bienvenue chez les Rozes" ressemble à une expérience effectuée sur des rats de laboratoires : on prend une jolie maison proprette, kitsch à souhait, pimpante de bourgeoisie. Dans celle-ci, on enferme deux criminels en cavale qui cohabitent avec la famille bourrée de fric propriétaire des lieux durant le laps de temps nécessaire à voir le naturel se révéler.

Sous l'œil dénué de finesse de la caméra, les dangereux criminels se transforment en boucs émissaires des circonstances, dotés d'un grand cœur et victimes de la famille qu'ils ont pris en otage. Quant à la famille normale, elle est ravie d'être prise en otage et de voir sa petite vie paisible prendre des airs d'aventure. Dans la famille « Super-Normale », on demande le père de famille, prêt à tout pour protéger les intérêts financiers de sa petite tribu ; la mère engoncée dans des apparences bon chic bon genre, qui est en fait une femme bourrée de préjugés, rêvant d'être une belle salope cynique ; la petite fille angélique qui jouit devant une arme braquée sur elle et qui a pour seule envie se faire violer ; le fils à papa, si doué et si dévoué, qui filme la vie de sa famille à son insu pour vendre des séquences croustillantes et se faire de la thune, et qui est bien plus excité par le voyeurisme que par les charmes de sa petite amie.

Evidemment, les Rozes -la crème des crèmes !- très à cheval sur les principes et les apparences, vont vite éliminer les trouble-fêtes : ce n'est pas tous les jours qu'on est pris en otage ! La maison devient l'antre de tous les possibles sous l'œil des spectateurs : ce genre d'expériences me rappelle curieusement quelque chose…Les quelque scènes qui se déroulent à l'extérieur sont rythmés par 4 « bofs-randonneurs » qui sortent de je-ne-sais-où et qui en profitent pour promouvoir la France profonde en mangeant du camembert Président avec du pinard. Pffff ! Qu'il est beau le cinéma français !

"Bienvenue chez les Rozes", sous le prétexte fallacieux de comédie, prouve l'arrivée sur le marché d'une nouvelle espèce de films-produits parasitaires qui prolifèrent dans le 7ème art et qui se donnent en spectacle : l'humour (si tant est qu'on peut appeler ça de l'humour…) fait vendre, à tel point que cela en devient pathétique et pathologique. Depuis quand le débilissime profond est-il devenu un genre de films? Aurais-je raté la refonte révolutionnaire du classement des films ? J'ose espérer que les acteurs, si talentueux soient-ils, ont touché un bon salaire pour s'abaisser à ce « Cinéma d'en bas »…

Ni drôle au premier degré, ni drôle au second degré, "Bienvenue chez les Rozes" s'embourbe dans « le vrai qui tue ! ». Ce premier film de Francis Palluau est une projection sur grand-écran d'une émission de télé-poubelle. Si ce premier épisode marche au box-office, une suite est envisagée : « Crime story family 2 ».

Je vous en supplie : ne donnez pas au ciné-poubelle les moyens de produire d'autres ordures qui pollueront l'environnement cinématographique. Alors faites un bon geste pour le cinéma : zappez ! 

Auteure :Nathalie Debavelaere
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