28 septembre 2021
Critiques

Big Eyes : Tim se refait la cerise

"Imitation Game", "Foxcatcher", "Une Merveilleuse Histoire du Temps"… Ce début d'année 2015 sera celui des biopic ou ne sera pas. "Big Eyes" (distribué par StudioCanal) nous proposant ici, non pas une histoire de scientifiques ou de sportifs, mais d'artistes, ou plus précisément d'une artiste. Margaret Keane. On nous a promis là un virage pour l'ami Burton, une comédie basée sur des faits réels, bien loin de sa zone de confort qu'est le fantastique. Alors, celui qui n'avait pas su faire l'unanimité depuis "Sleepy Hollow" pourrait-il relever le pari ?

Talentueuse, mais solitaire par défaut, les mains de Margaret Keane deviennent esclaves d'un homme, son époux, au profit d'une société de consommation à son apogée. Un thème cher au réalisateur Tim Burton, qui avait déjà dénoncé l'appropriation de l'art par le système capitaliste dans son chef-d'œuvre, "Edward aux mains d'argent". On peut d'ailleurs réaliser plus d'un parallèle entre les deux héros respectifs, et ce dès la première scène. Pour échapper à son premier époux, Margaret Keane quitte l'ennemie jurée de Tim Burton, la banlieue, là où toutes les maisons se ressemblent, où la pelouse est toujours d'un vert surréaliste. Alors que les banlieusardes s'arrachent les mains d'Edward, le transformant en coiffeur à domicile, le petit peuple détourne les peintures de Margaret en produit de la pop culture disponible entre deux rayons au supermarché. Une ode à l'art pur et véritable se fait clairement ressentir tout au long du film. Margaret ne souhaite pas la gloire ou l'argent. Elle ne désire qu'une chose : retrouver son nom, son identité. Et la reconnaissance artistique qui va de pair.

Un sentiment fidèlement retranscrit grâce aux jeux des deux acteurs vedettes : Amy Adams et Christoph Waltz. Cette dernière n'est que fragilité. Même durant son procès, scène finale épique bien qu'un peu trop comique, elle semble  pouvoir chavirer à tout moment. D'un autre côté, il est impossible de rester insensible devant le jeu de son partenaire. La simple vue de Christoph Waltz dans "Inglourious Basterds" vous donne des envies de meurtres ? Rassurez-vous, vous allez adorer le détester une fois encore. Difficile de ne pas évoquer l'absence au casting du duo fétiche du réalisateur, Helena Bonham Carter et Johnny Depp. Une absence qui, il faut le dire, fait un bien fou. A côté de la prestation de Waltz, notre cher Johnny, et ses sempiternelles mimiques, font pâle figure. Et ce n'est pas sa (piètre) dernière prestation dans "Charlie Mortdecai" qui pourrait permettre de prétendre le contraire.

Il va s'en dire que "Big Eyes" est un bon film, divertissant et surtout, qui redore la licence Tim Burton. Il reste bien entendu inférieur à ses premiers chefs d'œuvre "Edward aux mains d'argent" cité plus haut, ou encore "Ed Wood". Toutefois, il fait oublier "Sweeney Todd", "Alice au Pays des merveilles" ou plus récemment "Dark Shadows", autant de symboles de la « depp-endance » de Burton. Le film a beau marqué un changement dans sa carrière (du moins en ce qui concerne le XXIème siècle), on reconnaît bien là la patte unique du réalisateur aux cheveux fou. De par les fameux « Big Eyes » bien évidemment, écho aux personnages dessinés par Burton, reconnaissables par les gros yeux cernés, mal coiffés et au teint cadavérique. Ajoutez à cela une BO signée par son fidèle acolyte, Danny Elfman, pour un rendu tout à fait cohérent avec l'œuvre, (notamment avec Lana Del Rey, reine de la B.O. depuis "Gatsby Le Magnifique").

La condition de l'artiste (traitée plus haut), les « Big Eyes »… Walter Keane dit à la toute fin du film « Life imitates art ». On peut alors se demander si "Big Eyes" est un bien un biopic du couple Keane… ou de Tim Burton lui-même. Certes, vous n'aurez pas « de gros yeux » devant les retournements que comporte le film (on saluera mon petit jeu de mot). Mais, une chose est sûre, "Big Eyes" demeure un film à voir, ne serait-ce que pour saluer la prise de risque de son auteur.

Auteure :Mélissa ChevreuilTous nos contenus sur "Big Eyes" Toutes les critiques de "Mélissa Chevreuil"

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