21 octobre 2019
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Big Fish : Le Tim Burton nouveau est arrivé ! Faut-il vraiment s’en réjouir ? Pas sûr

Reprenant sans scrupules le thème musical d'"Edward aux mains d'argent" et misant tout sur la réputation de conteur et les talents d'imagination du cinéaste (alors que "Big Fish" est inspiré d'une nouvelle d'un dénommé Daniel Wallace), la bande-annonce nous promettait « une aventure plus belle que la vie elle-même ». 

Un slogan aussi mièvre, pour ne pas dire tarte, suscite forcément une certaine méfiance, une vague crainte de se faire engluer dans une histoire débordante de bons gros sentiments. "Big Fish" est, hélas, à la hauteur de cette appréhension. Le film porte indéniablement la marque de son créateur, mais celui-ci, impliqué dans le projet après le désistement de Spielberg, semble plus en retrait qu'avant. 

Si, au cours de  son périple, le héros croise quelques personnages singuliers et marginaux comme les affectionne tant Burton, ceux–ci ne font que passer, simples clins d'oeil à l'univers familier du cinéaste, histoire de nous rappeler que c'est bien le géniteur d'un certain Monsieur Jack qui tient ici la caméra. Le mirage d'une Amérique idéale est présent lui aussi, mais le regard que le réalisateur porte sur ses concitoyens est moins mordant qu'autrefois.

Enfin, on note çà et là quelques touches d'humour mais, à l'exception de l'intervention de Steve Buscemi qui sauve le film de l'ennui, béni soi-t-il, on demeure loin des ambiances délirante de "Mars Attacks" ou grand-guignolesque de "Sleepy Hollow".

On peut, certes, être sensible à quelques-unes des destinées défilant sous nos yeux : à cet égard, la fille attendant une demande en mariage qui ne viendra jamais et qu'interprète une Helena Bonham-Carter amoureusement filmée est particulièrement touchante.

De même, on ne peut que se rallier aux efforts engagés par le fils pour comprendre et se réconcilier avec son père mourant. Difficile aussi de s'en prendre à la morale du film, selon laquelle tout acte de générosité s'avère, un jour ou l'autre, payant.

C'est peut-être précisément cela, ce côté légèrement moralisateur, qui confère à "Big Fish" cette tonalité fade, ce côté mièvre qui étonne et déçoit. Il n'est pas entièrement absent des autres films de Burton (voir le message de tolérance et d'acceptation de l'autre dans Edward) mais il était jusqu'à présent moins prégnant et, en tout cas, compensé par ce quelque chose de magique qui fait défaut ici. 

Car, en dépit de magnifiques décors, l'ensemble ne décolle jamais vraiment alors qu'en matière de conte et merveilleux, Tim a déjà prouvé qu'il  en connaissait un rayon. Ce qui est sûr, et l'on peut s'en réjouir, c'est de que "Big Fish" ne provoquera ni infarctus ni manifestation pro ou antisémite. En ces temps troublés par des extrémistes de tout poil, c'est déjà ça.

Notre indulgence de fan nous amène néanmoins à chercher à Tim Burton des circonstances atténuantes. Est-ce sa récente paternité ? Le décès de son père ? L'absence de Lisa-Marie dont chaque apparition furtive, en extra-terrestre sexy ou en Vampira, nous a laissé d'impérissables souvenirs ?

Tim Burton serait-il tout simplement atteint par le syndrome Johnny Depp dont la filmographie, depuis la naissance de ses enfants, révèle une propension inédite aux histoires quelque peu à l'eau-de-rose ?

Quoiqu'il en soit, on sort de ce film aussi frustré que du précédent ("La Planète des Singes"). Le message qu'il véhicule, un hommage à tous les conteurs et leur faculté de transcender le réel par leur seule imagination, nous est bien parvenu. On aimerait maintenant que Tim nous raconte une autre histoire, si possible meilleure.

Quelqu'un pourrait-il lui suggérer de reprendre un peu de jus de scarabée ?

Auteur :Jean-François Paré

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