6 décembre 2019
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Big Fish : Un grand Tim Burton ! Rien n’est exagéré. Tout est vrai

Enthousiasme lacrymal à la sortie de "Big Fish", le nouveau film du réalisateur d"'Edward aux mains d'argent" (à ne pas confondre avec celui de "La Planète des Singes"). Mon voisin de gauche sanglote depuis près d'un quart d'heure et deux petites flaques d'eau lui couvrent le visage. Qu'est-ce que c'était beau ! Un rêve, un conte de fée...

"Big Fish", c'est l'histoire d'Edward Bloom, une histoire au pays des géants et des villes fantômes mais qui se situerait dans la vie réelle. L'histoire d'un homme qui passe sa vie à raconter le grand récit merveilleux qu'elle est devenue, pour en tirer mille contes. C'est aussi l'histoire d'un vieil homme au seuil de la mort et d'un fils qui pense n'avoir jamais connu son père. Ce film est essentiel parce qu'il est magique.

Tim Burton porte avec "Big Fish" un regard génialement naïf et émerveillé sur l'univers de cet individu qui embellit tout ce qu'il voit, qui sait rendre aux choses de l'existence toute leur importance. Quand Edward parle de la rencontre avec la femme de sa vie, les sentiments affluent, le regard s'enflamme. Sa déclaration d'amour s'exprime en milliers de fleurs envahissant tout l'écran pour déborder hors champ et le premier baiser prend l'apparence de l'idéal romanesque le plus pur.

De même, chacun des événements qu'il rapporte est à contempler. Tout est merveille, tout émerveille. Et l'imagination débridée d'Edward (un prénom qui décidément l'inspire) donne au cinéaste l'occasion de revisiter mille et une figure de l'imagerie américaine populaire. Et le film de se muer en livre d'images hyperbolique, dont la richesse thématique égale la beauté plastique.

Mais il y a aussi le pendant "réaliste" (et présent) du conte, les séquences se rapportant au fils d'Edward. Lui a depuis longtemps décroché des histoires de son père. Et Edward va mourir. C'est l'enjeu mélodramatique du film : le fossé qu'a creusé la différence entre le rapport mythique, superlatif, du père au monde et celui, concret, du fils, sera-t-il finalement comblé ?

En d'autres termes: les deux narrations radicalement différentes du film finiront-elles par converger ? Que se passe t-il quand on part à la recherche du réel ? Que reste t-il d'un récit qui se débarrasse de sa chair, qui laisse place à sa structure originelle, à son squelette ?

Sans doute une histoire quelconque, un scénario basique qui s'écrit depuis la nuit des temps et qui témoigne de la banalité et de la platitude des existences humaines. Ce que nous donne à voir Tim Burton avec "Big Fish" (et avant lui, Daniel Wallace, l'auteur du roman éponyme dont est tiré le film), c'est que la vie se joue sur toute la ligne avec des sentiments intenses et variés et que ce sont eux qui écrivent nos parcours personnels.

Quoi de plus authentique que la façon dont un événement est vécu ? Le poisson est énorme parce que l'homme l'a perçu énorme et la volonté du réalisateur est de nous le montrer à travers les yeux médusés d'Edward Bloom, à travers ses ressentis. Donc énorme.

Tout au long de "Big Fish", la mise en scène de Tim Burton déploie des trésors d'inventivité pour nous faire apparaître le merveilleux dans toute sa réalité. Mais sans jamais avoir recours à une virtuosité outrancière : c'est plutôt avec l'art bricolé d'un tour de passe-passe forain que la magie du travail du cinéaste opère.

"Big Fish" incite à un enthousiasme que ne renierait pas son inoubliable protagoniste : la mise en scène est grandiose, la lumière magnifique, les décors sublimes, le jeu d'Ewan McGregor surprenant, la fin du film bouleversante et le film lui-même est merveilleux.

Auteur :Caroline Cranskens

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